Le point chaud climatique méditerranéen repensé : de nouvelles preuves révèlent une réalité plus complexe
La Méditerranée est-elle réellement un point chaud climatique ? S’appuyant sur des observations hydro climatiques à long terme, Demetris Koutsoyiannis et Theano Iliopoulou réexaminent les données et mettent en lumière la remarquable complexité climatique de la région.
Il existe un très haut degré de confiance (selon ses propres termes) que le GIEC désigne la Méditerranée comme un « point chaud du changement climatique ». Dans la section « 10.6.4.6
Informations climatiques futures issues de simulations globales », le sixième rapport d’évaluation du GIEC déclare (accentué par nous) :
La Méditerranée devrait être l’un des points chauds les plus importants et les plus vulnérables face aux changements climatiques (…). Les simulations CMIP5, CMIP6, HighResMIP et CORDEX (…) prévoient toutes un réchauffement futur au cours du XXIe siècle compris entre 3,5 °C et 8,75 °C (…). L’accentuation du réchauffement estival augmente également l’amplitude du cycle saisonnier (…). Les modèles climatiques prévoient une réduction des précipitations en toutes saisons et une expansion du climat méditerranéen vers le nord et l’est, les zones touchées devenant plus arides avec un assèchement estival accru (…).
Le rapport regorge de prédictions alarmantes pour la Méditerranée. Ainsi, les tableaux 11.5 et 11.7 suggèrent (accentué par nous) :
Les modèles CMIP6 prévoient une forte augmentation de l’intensité et de la fréquence des précipitations fortes (…). Des preuves supplémentaires issues des simulations CMIP5 et RCM d’une augmentation de l’intensité des fortes précipitations
Concernant le vent, la section « 12.4.1.3 Vent » indique (accentué par nous) :
Il existe une forte probabilité que les changements climatiques entraînent une diminution future du vent moyen, du potentiel éolien et des vents forts en Afrique du Nord et dans les régions méditerranéennes en raison du déplacement vers les pôles de la cellule de Hadley (…). La fréquence des tempêtes de vent méditerranéennes atteignant l’Afrique du Nord, y compris les Medicanes, devrait diminuer, mais leur intensité devrait augmenter.
De plus, la section « 12.4.5.2 Humide et sec » nous informe que (accentué par nous) :
Il est fort probable que l’aridité s’accentue (…), et que les sécheresses agricoles, écologiques et hydrologiques s’aggravent dans la région méditerranéenne (…). Il est également fort probable que les conditions météorologiques propices aux incendies augmentent dans la région méditerranéenne.
Enfin, l’encadré TS.6 | Cycle de l’eau indique (accentué par nous) :
Une augmentation prévue de l’évapotranspiration due à la demande croissante en eau atmosphérique entraînera une diminution de l’humidité des sols dans la région méditerranéenne.
Dans des études antérieures menées sur certaines régions de la Méditerranée, nous avons montré que les prédictions pessimistes ne se réalisent pas — et que, parfois, les divergences sont amusantes :
D. Koutsoyiannis, and A. Montanari, Climate extrapolations in hydrology: The expanded Bluecat methodology, Hydrology, 9, 86, doi:10.3390/hydrology9050086, 2022.
D. Koutsoyiannis, T. Iliopoulou, A. Koukouvinos, N. Malamos, N. Mamassis, P. Dimitriadis, N. Tepetidis, and D. Markantonis, In search of climate crisis in Greece using hydrological data: 404 Not Found, Water, 15 (9), 1711, doi:10.3390/w15091711, 2023.
Nous avons maintenant un nouvel article, publié la semaine dernière :1Cette recherche a débuté comme un projet de recherche mené par les étudiants de licence Marianna Lada, Christina-Ioanna Stavropoulou et Dimitra-Myrto Tourlaki, co-auteures de l’article, sous la direction des autres co-auteurs, dans le cadre du cours « Méthodes stochastiques » de l’NTUA (École de génie civil de l’Université technique nationale d’Athènes) (9e semestre). Les étudiantes ont présenté une version préliminaire de leurs travaux lors de la conférence EGU 2025 :
Lada, CI Stavropoulou, DM Tourlaki, N. Tepetidis, P. Dimitriadis, T. Iliopoulou et D. Koutsoyiannis, « Analyse stochastique du cycle hydrologique en Méditerranée et de ses récentes variations climatiques », Assemblée générale de l’Union européenne des géosciences 2025, EGU25-7024, doi : 10.5194/egusphere-egu25-7024, Union européenne des géosciences, 2025.
T. Iliopoulou, M. Lada, C.I. Stavropoulou, D.M. Tourlaki, N. Tepetidis, P. Dimitriadis, and D. Koutsoyiannis, Complexity of hydroclimatic changes in the Mediterranean: Exploring climate drivers using ERA5 reanalysis, Water, 18 (3), 331, doi:10.3390/w18030331, 2026.
Dans cette étude, nous explorons l’ensemble de données de réanalyse ERA5 pour la période 1950-2024 afin d’examiner systématiquement la co-variabilité de la température, des précipitations, de l’évaporation, de chaleur sensible, de la colonne d’eau et du vent à travers la Méditerranée.
Plutôt que de nous concentrer sur un seul indicateur, nous abordons dans ce travail trois questions centrales :
- Q1: Comment les principales variables hydro climatiques ont-elles évolué sur terre, en mer et dans le domaine méditerranéen intégré entre 1950 et 2024, et dans quelle mesure leurs modèles de changement présentent-ils une synchronisation ou une divergence à travers la région ?
- Q2: Comment la structure verticale de la température de l’atmosphère méditerranéenne a-t-elle évolué entre 1950 et 2024, et que révèle le changement de gradient thermique qui en résulte sur la répartition du réchauffement à travers les couches atmosphériques ?
- Q3: Dans quelle mesure les processus hydro climatiques méditerranéens présentent-ils une persistance à long terme, et comment le cadre de Hurst-Kolmogorov caractérise-t-il leur variabilité temporelle au-delà des tendances déterministes ?
Notre analyse confirme un fort signal de réchauffement dans toute la région, en particulier au-dessus des terres émergées. Les températures près de la surface montrent une nette tendance au réchauffement, tandis que le réchauffement en altitude est plus faible, ce qui entraîne une accentuation progressive du gradient thermique atmosphérique.2Concernant l’importance du gradient thermique, voir :
D. Koutsoyiannis et G. Tsakalias, Unsettling the settled: Simple musings on the complex climatic system, Frontiers in Complex Systems , 3, 1617092, doi:10.3389/fcpxs.2025.1617092, 2025.
Pourtant, ce signal thermodynamique ne se traduit pas par des changements systématiques dans les précipitations ou l’évaporation.
Au contraire, la complexité de la dynamique climatique méditerranéenne est manifeste, comme en témoignent la divergence entre la terre et la mer, l’absence de changements synchronisés entre les variables et l’écart entre les schémas observés et ceux attendus sur la base d’une thermodynamique simplifiée ou des tendances de température.
Hormis la température, les autres variables climatiques ne présentent pas de tendance monotone notable. Un résultat particulièrement utile est la corrélation positive entre les précipitations et l’évaporation, toutes deux étant également corrélées positivement avec la vitesse du vent. Cette dernière, ainsi que le vent zonal, sont en légère baisse, ce qui influe négativement sur l’évaporation qui, contrairement aux prévisions du GIEC, n’a pas augmenté.
En utilisant une perspective Hurst-Kolmogorov, l’étude montre en outre que les processus hydro climatiques méditerranéens présentent une persistance à long terme, révélant un système climatique dont la variabilité s’étend bien au-delà des tendances déterministes.
Notre conclusion générale est la suivante :
Le couplage complexe et non linéaire entre la circulation atmosphérique, les conditions de surface et l’humidité atmosphérique disponible remet en question les hypothèses simplistes liant directement le réchauffement à l’intensification du cycle hydrologique, notamment celles découlant d’interprétations de la relation de Clausius-Clapeyron fondées sur une humidité relative constante. Plutôt qu’un « point chaud » uniforme du changement climatique, la Méditerranée apparaît comme une région où le réchauffement, les schémas de circulation et les rétroactions surface-atmosphère interagissent avec une complexité spatiale et temporelle considérable.
Notes de bas de page :
- 1Cette recherche a débuté comme un projet de recherche mené par les étudiants de licence Marianna Lada, Christina-Ioanna Stavropoulou et Dimitra-Myrto Tourlaki, co-auteures de l’article, sous la direction des autres co-auteurs, dans le cadre du cours « Méthodes stochastiques » de l’NTUA (École de génie civil de l’Université technique nationale d’Athènes) (9e semestre). Les étudiantes ont présenté une version préliminaire de leurs travaux lors de la conférence EGU 2025 :
Lada, CI Stavropoulou, DM Tourlaki, N. Tepetidis, P. Dimitriadis, T. Iliopoulou et D. Koutsoyiannis, « Analyse stochastique du cycle hydrologique en Méditerranée et de ses récentes variations climatiques », Assemblée générale de l’Union européenne des géosciences 2025, EGU25-7024, doi : 10.5194/egusphere-egu25-7024, Union européenne des géosciences, 2025. - 2Concernant l’importance du gradient thermique, voir :
D. Koutsoyiannis et G. Tsakalias, Unsettling the settled: Simple musings on the complex climatic system, Frontiers in Complex Systems , 3, 1617092, doi:10.3389/fcpxs.2025.1617092, 2025.
Cet article a été publié sous le titre « Méditerranée : point chaud ou point mort du changement climatique ? » le 5 février 2026 sur climath.substack.com.
Traduction : Eric Vieira
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- 1Cette recherche a débuté comme un projet de recherche mené par les étudiants de licence Marianna Lada, Christina-Ioanna Stavropoulou et Dimitra-Myrto Tourlaki, co-auteures de l’article, sous la direction des autres co-auteurs, dans le cadre du cours « Méthodes stochastiques » de l’NTUA (École de génie civil de l’Université technique nationale d’Athènes) (9e semestre). Les étudiantes ont présenté une version préliminaire de leurs travaux lors de la conférence EGU 2025 :
Lada, CI Stavropoulou, DM Tourlaki, N. Tepetidis, P. Dimitriadis, T. Iliopoulou et D. Koutsoyiannis, « Analyse stochastique du cycle hydrologique en Méditerranée et de ses récentes variations climatiques », Assemblée générale de l’Union européenne des géosciences 2025, EGU25-7024, doi : 10.5194/egusphere-egu25-7024, Union européenne des géosciences, 2025. - 2Concernant l’importance du gradient thermique, voir :
D. Koutsoyiannis et G. Tsakalias, Unsettling the settled: Simple musings on the complex climatic system, Frontiers in Complex Systems , 3, 1617092, doi:10.3389/fcpxs.2025.1617092, 2025.









