Aucune preuve que les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent plus fréquents ou plus intenses : (3) Inondations
Dans une série d’articles consacrés à l’attribution des phénomènes météorologiques extrêmes, le physicien Ralph B. Alexander examine si les observations confirment l’hypothèse d’une augmentation de la fréquence et de l’intensité de ces phénomènes. Après un article précédent sur les sécheresses, celui-ci porte sur les inondations.
On pourrait penser que les inondations se multiplieraient dans un monde qui se réchauffe, puisque les précipitations augmentent en raison de l’évaporation accrue des océans tropicaux. Pourtant, rien ne prouve que les inondations soient devenues plus fréquentes.
Une étude de 2017 a révélé que, malgré l’augmentation des précipitations moyennes due au réchauffement climatique, les excès de pluie ne sont pas la seule cause des inondations. Ce qui est moins évident, c’est que les modifications du bassin versant – telles que les changements d’affectation des sols, la déforestation et la construction de barrages – jouent également un rôle majeur. Ce constat a d’ailleurs été établi par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) dans son sixième rapport d’évaluation, qui stipule que :
Outre les précipitations, les inondations dépendent également des caractéristiques du bassin et du cours d’eau, telles que la perméabilité, l’humidité antérieure du sol et les niveaux de débit antérieurs des crues fluviales ; les projections de précipitations extrêmes et d’inondations ne sont donc pas toujours étroitement liées.
Taille
L’étude de 2017 a néanmoins conclu que le facteur déterminant des tendances d’inondation n’est pas celui mentionné ci-dessus, mais plutôt la taille du bassin versant. Si les petits bassins versants présentent une tendance à la hausse du risque d’inondation au fil du temps, les grands bassins versants affichent une tendance à la baisse.
À l’échelle mondiale, les grands bassins versants prédominent, si bien que la tendance du risque d’inondation est en réalité à la baisse plutôt qu’à la hausse dans la plupart des régions du monde. Ce phénomène est illustré dans la figure ci-dessous, dont les données proviennent de 1 907 sites différents sur une période de 40 ans, de 1966 à 2005.
Une autre étude de 2017, cette fois-ci limitée à l’Amérique du Nord et à l’Europe, n’a trouvé « aucune preuve convaincante d’évolution constante » de la fréquence des grandes inondations entre 1930 et 2010. À l’instar de la première étude mentionnée ci-dessus, cette recherche portait sur des bassins versants de toutes tailles. Cependant, seuls les bassins ayant subi des modifications minimes ont été étudiés, afin de se concentrer sur les tendances induites par le changement climatique.
La figure suivante illustre la probabilité d’une crue centennale en Amérique du Nord ou en Europe au cours d’une année donnée, durant deux périodes légèrement différentes vers la fin du XXe siècle. Les points bleus représentent les valeurs observées, les lignes une régression logistique appliquée aux données. Une crue centennale est une crue massive qui se produit en moyenne une fois par siècle et dont la probabilité d’occurrence ou de dépassement est de 1 % chaque année – bien que l’intervalle réel entre deux crues centennales soit souvent inférieur à 100 ans.
On constate que, pour les deux périodes étudiées, la probabilité d’une crue centennale en Amérique du Nord ou en Europe se situe autour de 1 % (0,01) ou en dessous, ce qui signifie que la probabilité de survenue de telles crues n’était ni plus ni moins élevée durant ces périodes qu’à n’importe quel autre moment. Les droites tracées à travers les points de données ne révèlent aucune tendance significative. Des résultats similaires ont été obtenus pour les crues quinquennales.
Bien que les auteurs de l’étude aient conclu que les grandes inondations survenues dans l’hémisphère Nord entre 1931 et 2010 n’étaient pas dues au réchauffement climatique et n’étaient pas plus fréquentes que ne le laissait présager le hasard, ils ont néanmoins constaté que le climat influençait ces inondations. Le facteur le plus déterminant est l’oscillation multidécennale atlantique (AMO), un cycle océanique naturel qui, durant sa phase positive, provoque des précipitations supérieures à la normale en Europe et inférieures en Amérique du Nord, entraînant ainsi une augmentation des grandes inondations en Europe et une diminution de celles en Amérique du Nord.
Le Danube
Les inondations modernes ne sont ni plus fréquentes, ni plus meurtrières, ni plus perturbatrices que les milliers d’inondations du passé. La figure ci-dessous illustre les niveaux de crue du Danube en Allemagne, enregistrés à Passau, sur plus de 500 ans. Comme l’indique la légende, le niveau de crue le plus élevé sur cette période remonte à 1501, et seulement deux des neuf crues majeures se sont produites au cours des 70 dernières années.
L’Allemagne a en effet été ravagée par des inondations dévastatrices à de nombreuses reprises au cours des derniers siècles, notamment celle de la veille de Noël 1717 qui fit 13 700 victimes. Plus récemment, la vallée de l’Ahr, en Allemagne, touchée en juillet 2021, avait déjà connu d’importantes inondations aux mêmes endroits le 12 juin 1910, qui avaient fait au moins 52 morts.
Ces chiffres sont dérisoires comparés au nombre de victimes des inondations historiques en Asie, notamment en Chine, en Inde, au Pakistan et au Japon. Le bilan des inondations passées dans ces pays s’est souvent chiffré en millions, par noyade ou à cause de la famine ou des maladies qui ont suivi.
Dans les pays développés, l’illusion d’une augmentation de la fréquence des inondations majeures est due en partie à la croissance démographique et à l’attrait de la vie près de l’eau. Ceci a conduit à la construction de maisons de rêve en zones à risque, sur les plaines inondables des rivières ou des côtes, où les crues soudaines ou les ondes de tempête provoquent des inondations intermittentes et des ravages considérables. Ce sont les nouvelles aspirations humaines, plutôt que le changement climatique, qui sont responsables de ces inondations catastrophiques.
Traduction : Eric Vieira
Cet article a été initialement publié sur Science Under Attack, le 17 août 2026.

Ralph B. Alexander
Ralph B. Alexander, vulgarisateur scientifique qui privilégie la science au détriment du politiquement correct, est l’auteur de plusieurs rapports récents sur les phénomènes météorologiques extrêmes et le réchauffement climatique. Il a également écrit « La science attaquée : l’ère de la déraison » et « Fausse alerte au réchauffement climatique ». Docteur en physique de l’Université d’Oxford, il a publié de nombreux articles et rapports scientifiques sur des questions techniques complexes. M. Alexander a été chercheur dans des laboratoires en Europe et en Australie, professeur à l’Université Wayne State de Détroit, cofondateur d’une entreprise innovante spécialisée dans les matériaux et analyste de marché dans le domaine des matériaux écologiques pour un petit cabinet de conseil. Il a grandi à Perth, en Australie-Occidentale, et vit actuellement en Californie.
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