Le mythe climatique qui a cherché à changer notre mode de vie
Depuis plus de trente ans, la politique climatique repose sur un postulat central : la croissance démographique et l’expansion économique exerceraient inévitablement une pression toujours plus forte sur la planète. Or, le monde qui a donné naissance à cette hypothèse n’existe plus.
Depuis plus de trois décennies, la politique climatique repose sur un postulat central : la croissance démographique et l’expansion économique exerceraient inévitablement une pression toujours plus forte sur la planète.
Le 5 mai 2026, sans tambour ni trompette, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a fait une annonce importante : son scénario climatique le plus alarmiste, le RCP 8.5, est désormais classé comme « improbable ». Pendant près de 15 ans, ce scénario a alimenté des dizaines de milliers d’articles, des émissions télévisées entières et l’éco-anxiété de toute une génération. Il a servi de base aux projections de +5 °C brandies pour justifier des restrictions, des taxes et des interdictions toujours plus nombreuses. Aujourd’hui, le GIEC reconnaît tacitement que ce scénario ne se réalisera pas. Certains commentateurs s’en félicitent. D’autres, plus discrètement, expliquent qu’il n’a jamais été qu’un simple exercice intellectuel. Un exercice curieux, certes, mais dont les conclusions ont façonné 30 ans de politiques publiques.
13 milliards de personnes
Les médias se réjouissent de cet abandon, mais omettent soigneusement de mentionner que le scénario RCP 8.5 reposait sur l’hypothèse d’une population mondiale de 13 milliards d’habitants. Ce scénario était absurde depuis depuis plusieurs années seulement, et cela dès le début. Les démographes le savaient. Plusieurs rapports successifs des Nations Unies laissaient déjà entrevoir une trajectoire bien différente. Mais une fois la peur installée, plus personne n’a voulu vérifier les calculs.
Depuis plus de trente ans, la politique climatique – et pas seulement le scénario RCP 8.5 – repose sur un postulat central : la croissance démographique et l’expansion économique exerceraient inévitablement une pression croissante sur la planète. Cette hypothèse, ancrée dans les cadres internationaux depuis la Convention de Rio de 1992, continue d’influencer les politiques actuelles.
Mais le monde qui a donné naissance à cette hypothèse n’existe plus.
L’un d’entre nous, industriel international et investisseur dans le secteur de l’électronique, a fait le choix, il y a vingt ans, d’investir – par conviction – dans l’énergie éolienne et solaire afin de contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Comme beaucoup à l’époque, il était persuadé qu’une transformation profonde des systèmes énergétiques était à la fois nécessaire et urgente. Depuis, les énergies renouvelables ont trouvé leur place dans le mix énergétique européen.
Ces progrès sont réels. Mais ils ne représentent qu’une partie de l’histoire, et pas la plus importante.
Le changement déterminant de notre époque n’est pas technologique. Il est démographique.
En 1990, internet n’existait pas encore. Aujourd’hui, l’accès généralisé à l’information a profondément transformé les sociétés, donnant aux individus – et notamment aux femmes – les moyens de faire des choix de vie éclairés. Une conséquence, largement ignorée, est la baisse rapide et mondiale du taux de natalité.
Dans les pays développés, les taux de natalité sont nettement inférieurs au seuil de renouvellement des générations. Cette même tendance se manifeste désormais dans les économies émergentes. L’Inde a franchi ce seuil. Les États-Unis suivent une trajectoire similaire. Même en Afrique, où la fécondité demeure plus élevée, la baisse s’amorce et devrait se poursuivre avec le développement économique.
Les conséquences sont profondes. Si la fécondité mondiale se stabilise autour de 1,5 enfant par femme d’ici le milieu du siècle, la population mondiale atteindra un pic d’environ 8,5 milliards d’habitants avant de diminuer. À 1,3 enfant par femme, elle pourrait tomber à environ quatre milliards d’ici 2100, soit la moitié du niveau initialement prévu. Ceci contraste fortement avec les projections antérieures qui tablaient sur une croissance continue jusqu’à 10 ou 13 milliards d’habitants (modèle RCP 8.5).
Équation de Kaya
Pour comprendre l’importance de ce phénomène pour la politique climatique, prenons l’exemple d’une identité simple. Selon l’équation de Kaya, les émissions de carbone sont le produit de quatre facteurs : la population, la production économique par habitant, la quantité d’énergie nécessaire à cette production et l’intensité carbone de cette énergie. Depuis des décennies, les politiques publiques se concentrent sur les deux derniers facteurs : améliorer l’efficacité énergétique et réduire l’intensité carbone.
Mais la population est le premier terme de cette équation — et le seul qui subit actuellement un renversement structurel et global.
Et surtout, ce changement n’est pas le fruit de politiques coercitives, et c’est tant mieux. Il reflète des choix volontaires, guidés par l’éducation, les opportunités économiques et l’accès à l’information. Il est à la fois pacifique et auto-entretenu. Et son ampleur est suffisante pour infléchir durablement les trajectoires d’émissions.
Soyons clairs : nous ne préconisons pas une baisse de la natalité. Nous pouvons regretter personnellement ce déclin de la fécondité, et la chute du taux de natalité pose des défis considérables à nos sociétés en matière de retraites, de transmission des traditions et de la vitalité de notre civilisation. Rien de tout cela ne signifie qu’il faille négliger les enjeux environnementaux. Les progrès technologiques et la réglementation ont déjà amélioré la qualité de l’air et les conditions de vie dans de nombreuses régions du monde. Ces progrès doivent se poursuivre.
Biaisé
Cela laisse toutefois penser que les cadres politiques actuels sont biaisés. L’hypothèse d’une pression humaine toujours croissante sur la planète n’est plus valable. Le monde entre dans une phase non pas de croissance effrénée, mais de contraction démographique progressive.
Cela change la donne.
L’idée selon laquelle l’activité économique doit être drastiquement réduite pour faire face aux risques climatiques repose sur des prémisses dépassées. Une vision plus juste reconnaît que la prospérité elle-même — et notamment l’éducation et l’émancipation individuelle — est un puissant moteur de stabilisation démographique et d’amélioration de l’environnement.
La politique climatique devrait s’adapter en conséquence.
Le monde a changé. Il est temps que notre façon de penser évolue aussi.
Cet article a été initialement publié sur American Thinker le 15 mai 2026.
Roland Duchatelet est un entrepreneur et industriel belge. Il a fondé Melexis, leader mondial des microprocesseurs automobiles, contribuant ainsi à asseoir sa position de leader dans l’industrie des semi-conducteurs. Au fil du temps, il a développé un écosystème industriel plus vaste, notamment via Elex, soutenant diverses entreprises dans les domaines de l’électronique, des technologies et de l’investissement. Il a auparavant été sénateur belge.
Samuel Furfari est professeur de géopolitique de l’énergie à Bruxelles et à Londres, ancien haut fonctionnaire de la Direction générale de l’énergie de la Commission européenne et membre de la Coalition CO2. Il est l’auteur de l’article « Ajout d’énergie, pas transition » et de 18 ouvrages, dont « La vérité sur les COP : 30 ans d’illusions ».
Traduction : Eric Vieira
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