Le calme plat et obscur: L’électricité allemande passe de 13 € à 315 € en quatre jours
Un pays (l’Allemagne) capable de fonctionner grâce aux énergies renouvelables pendant un week-end venteux doit tout de même conserver suffisamment de charbon et de gaz pour couvrir la majeure partie de la demande la semaine suivante, ce qui signifie payer pour deux systèmes électriques, explique Charles Rotter.
Le Berliner Zeitung, dans un article de Flynn Jacobs s’appuyant sur Bloomberg, relate la première « Dunkelflaute » de la saison de chauffage. « Dunkelflaute » est le terme allemand désignant ce temps sombre et calme qui limite l’activité des éoliennes et des panneaux solaires, laissant ainsi la facture à tous. Extrait de l’article (traduction personnelle) :
« Le prix de gros de l’électricité en Allemagne a grimpé en quelques jours, passant de 13 à plus de 300 euros le mégawattheure. C’est ce que rapporte l’agence de presse Bloomberg, citant les données du marché de gros Epex Spot. Le prix de l’électricité pour livraison le lendemain, jeudi, est ainsi environ deux fois supérieur à la moyenne d’octobre. En soirée, il dépasse même les 500 euros. Dimanche dernier encore, le prix de l’électricité oscillait parfois autour de 13 euros. »
Les données du marché de l’électricité sont correctes, à une exception près. Les prix de l’électricité pour le lendemain dans la zone Allemagne-Luxembourg, publiés par Energy-Charts à partir des données de la Bundesnetzagentur, s’établissaient en moyenne à 13,12 € le mégawattheure le dimanche 25 octobre. Ce prix de 13 € correspondait à la moyenne de la journée, et non au prix le plus bas. Ce jour-là, entre 2 h et 15 h, chaque tranche de 15 minutes a été négociée à trois centimes ou moins, la plupart du temps à zéro. Ainsi, pendant 13 heures, la production d’électricité éolienne et solaire sur le marché était si abondante qu’elle était quasiment sans valeur, et il était difficile de la stocker ultérieurement. Energy-Charts recense 34,5 gigawattheures de stockage par batteries installés dans toute l’Allemagne, batteries domestiques comprises, ce qui aurait permis de couvrir environ 40 minutes de la demande moyenne du pays pendant la période d’accalmie qui a suivi. Le jeudi 29 octobre, la moyenne s’est établie à 314,85 €, soit environ le double de la moyenne de 158 € enregistrée du 1er au 28 octobre, et chaque tranche de 15 minutes entre 17 h et 18 h 15 a dépassé les 500 €, avec un pic à 574,28 €.
Le vent avait changé
Ce qui a changé, c’est le vent. D’après un article de Bloomberg, relayé par le Luxembourg Times :
« La production éolienne en Allemagne, l’un des principaux producteurs d’énergie renouvelable de la région, devrait rester faible la semaine prochaine, avec des moyennes journalières qui devraient se maintenir en dessous de 7 gigawatts, selon les prévisions de Bloomberg. Cela représente moins de la moitié du niveau moyen observé depuis le début de l’année. »
Les prévisions se sont avérées exactes. La production éolienne terrestre et en mer combinée a atteint en moyenne entre 3,9 et 4,8 gigawatts par jour du 29 octobre au 1er novembre, contre environ 15,4 gigawatts prévus pour 2026 à ce jour, selon les chiffres de production nette publique par Energy-Charts. Les 24 et 25 octobre, elle s’élevait en moyenne à 46,5 et 44,5 gigawatts respectivement.
Bjørn Lomborg a mis les deux périodes côte à côte le 2 novembre :
Il y a dix jours, les défenseurs des énergies renouvelables célébraient : en Allemagne, la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité a atteint un record de 115 %, et le coût de l’électricité s’établissait à 30 €/MWh.
Puis le vent s’est arrêté.
Ces quatre derniers jours, les énergies renouvelables n’ont fourni que 30 % de la production, et le prix de l’électricité a atteint 273 €/MWh, soit neuf fois plus. https://t.co/8FTArFFYv8
– Bjorn Lomborg (@BjornLomborg) 2 novembre 2026
Nouveau record
Les chiffres sont exacts. Le record de 115 % a été annoncé le 28 octobre par Energy-Charts, le site de données géré par l’institut Fraunhofer ISE, et non par des militants. Il concernait le 24 octobre, soit neuf jours avant la publication de Lomborg.
« Nouveau record ! La part quotidienne des énergies renouvelables dans la consommation (= consommation d’électricité + pertes sur le réseau) a atteint 114,8 % le 24 octobre 2026. La consommation d’électricité pourrait être couverte à 100 % par les énergies renouvelables en moyenne, et 14,8 % supplémentaires seraient exportés. »
https://x.com/energy_charts_d/status/2115336843386392856
Energy-Charts a publié son record le matin du 28 octobre, alors que le marché de l’électricité pour le lendemain avait déjà fixé le prix à 249 €. Deux jours plus tard, avec une production éolienne inférieure à 5 gigawatts et un prix à 268,62 €, le même compte a répondu à un sceptique sur X:
« La transition énergétique est une réussite et le monde entier mise désormais sur l’énergie solaire et éolienne. Qu’est-ce qui vous fait croire qu’elle a échoué ? »
https://x.com/energy_charts_d/status/2116134553614229664
Le prix moyen de la journée record était de 30,12 €. La part quotidienne des énergies renouvelables, qui inclut la biomasse et l’hydroélectricité en plus de l’éolien et du solaire, s’est ensuite établie à 29,5 %, 30,0 %, 29,2 % et 30,2 % du 29 octobre au 1er novembre, soit une moyenne de 29,7 %. Le prix de l’électricité au lendemain sur ces quatre jours a atteint en moyenne 272,70 €, soit neuf fois le prix du 24 octobre.
Graphique établi à partir de données publiées par Energy-Charts (Fraunhofer ISE)
Analysez les deux graphiques ensemble. Lorsque les barres vertes ont atteint 100 %, les rouges ont presque disparu, et lorsque les vertes sont tombées à 30 %, les rouges sont passées en haut du graphique.
Le Berliner Zeitung affirme que le déficit « doit être comblé principalement par des centrales à gaz ». Le gaz a effectivement largement contribué à ce déficit, avec une production d’environ 12 gigawatts par jour du 29 octobre au 1er novembre, contre 1,7 à 1,8 gigawatts les 24 et 25 octobre. Le lignite a produit une quantité similaire, de 12 à 13 gigawatts par jour, contre 2,3 et 2,5 gigawatts, tandis que le charbon a ajouté environ 4 gigawatts. Selon les données de production d’Energy-Charts, le lignite a surpassé le gaz pendant ces quatre jours. Il s’agit du même pays qui a fermé ses trois derniers réacteurs nucléaires le 15 avril 2023. Les centrales Isar 2, Emsland et Neckarwestheim 2 avaient une capacité brute combinée de 4 291 mégawatts, soit environ la production cumulée de toutes les éoliennes allemandes du 29 octobre au 1er novembre, et ce, sans avoir besoin de vent.
Centrales à gaz
Les centrales à gaz fixent généralement le prix de l’électricité aux heures de pointe, comme le souligne Reuters, et le gaz est cher cet automne. Mercredi 28 octobre, le contrat TTF néerlandais à échéance rapprochée a franchi la barre des 100 € le mégawattheure pour la première fois depuis décembre 2022. Euronews indique qu’il s’établissait autour de 32 € avant le début de la guerre en Iran fin février. Le même jour, S&P Global a rapporté que les capacités de stockage de gaz de l’UE étaient remplies à 74,9 % au 26 octobre, soit le niveau le plus bas jamais enregistré pour cette période de l’année par Gas Infrastructure Europe depuis 2011.
Ainsi, un pays capable de fonctionner aux énergies renouvelables pendant un week-end venteux doit tout de même conserver suffisamment de charbon et de gaz pour couvrir la majeure partie de la demande la semaine suivante. Cela implique de financer deux réseaux électriques : l’un pour les jours de grand vent et l’autre pour le reste du temps, puis de payer le gaz au prix du marché mondial lorsque le vent tombe. Les partisans de ces énergies peuvent ainsi se féliciter du premier système et ignorer le second. Le coût de ce déploiement est une autre question, abordée le 30 octobre dans l’article de Fritz Vahrenholt sur les estimations de Prognos, qui le situent entre 5 700 et 6 400 milliards d’euros d’ici à 2045.
L’enchère du lendemain pour le mardi 3 novembre s’est conclue à une moyenne de 252,85 € le mégawattheure, soit plus de huit fois le record journalier, et je ne m’attends pas à ce que cela suscite un point d’exclamation.
Données de prix : Bundesnetzagentur/SMARD via l’ API Energy-Charts, DE-LU day-ahead, CC BY 4.0. Production et part d’énergies renouvelables : Energy-Charts (Fraunhofer ISE), production nette publique et part journalière d’énergies renouvelables dans la charge. Les chiffres journaliers correspondent à des moyennes calculées sur des relevés de 15 minutes (heure allemande).
Traduction : Eric Vieira
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