Le groupe de réflexion IREF : « Contre toute rationalité, l’UE persiste dans son illusion de neutralité carbone »
La Commission européenne a approuvé une nouvelle étape vers son objectif de « neutralité carbone » d’ici 2050, visant une réduction de 90 % des émissions nettes de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990 d’ici 2040. Mais un récent rapport du groupe de réflexion français IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) fournit une mise au point en direction d’un retour vers la réalité.
La Commission européenne vise désormais une réduction de 90 % des émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2040. L’adoption définitive est prévue pour 2026, suivie d’une transposition obligatoire dans les législations nationales. L’ampleur du plan est colossale. L’UE estime les investissements nécessaires à 21 000 milliards d’euros d’ici 2040, soit environ 7 à 8 % du PIB de l’UE, sans compter les coûts de financement. Les décideurs politiques prévoient un ensemble de subventions, de tarification du carbone et de réglementations contraignantes pour répartir l’essentiel de la charge sur le secteur privé. La question essentielle n’est plus celle de l’ambition, mais celle de la faisabilité.
Un récent rapport de l’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) dresse un constat alarmant. Un simple calcul suffit pour tirer la sonnette d’alarme : les émissions de l’UE ont diminué de 37 % au cours des 33 années écoulées entre 1990 et aujourd’hui. Pour parvenir à une réduction supplémentaire de 68 % en seulement 17 ans, il faudrait presque tripler le rythme de la décarbonation. Si cette accélération n’est pas atteinte, les conséquences économiques d’une telle chute brutale des émissions seraient désastreuses.
La stratégie de l’UE repose sur l’hypothèse que les technologies sont suffisamment matures pour justifier un démantèlement rapide de décennies d’investissements dans les énergies fossiles. Ce plan s’articule autour de trois piliers : un système électrique dominé par les énergies renouvelables variables (EVR), l’électrification massive de l’industrie, des transports et du bâtiment, et une transformation profonde de l’agriculture. Son principal défaut réside dans la nécessité d’une coordination parfaite. Les réseaux doivent s’étendre pour accueillir les énergies renouvelables, le stockage doit se développer plus rapidement que l’intermittence de l’électricité, et la demande doit augmenter précisément au moment prévu. Tout décalage transforme les « investissements de transition » en actifs échoués.
L’IREF montre que ces déséquilibres sont déjà largement répandus. Le déploiement à grande échelle des EVR engendre une alternance de périodes de surproduction (prix négatifs et réductions de production forcées) et de pénurie lorsque les prix flambent quand les énergies renouvelables ne peuvent pas suivre. Les subventions, initialement présentées comme temporaires, augmentent à nouveau. Une mise en garde contre ces dynamiques avait déjà été communiquée il y a des années par des institutions telles que l’ OCDE et l’Agence pour l’énergie nucléaire, mais elle a été largement ignorée.
La panne de courant espagnole d’avril 2025 a mis en lumière une autre faiblesse. Malgré les démentis initiaux, les enquêtes ont démontré qu’une dépendance excessive à l’égard de sources d’énergie non pilotables a réduit la stabilité du réseau. Au-delà de cet événement, les gestionnaires du réseau électrique européen signalent une augmentation spectaculaire des incidents de tension depuis 2015, un signe d’une fragilité systémique croissante.
La réponse de l’UE consiste à appeler à une expansion plus rapide du réseau électrique et à un stockage à grande échelle, notamment de l’hydrogène. Pourtant, les progrès sont loin d’être à la hauteur des investissements dans les énergies renouvelables. Les Pays-Bas illustrent ce problème : la congestion du réseau empêche désormais les nouveaux raccordements des ménages et des entreprises, freinant ainsi la croissance. Selon des sources citées par l’IREF, la modernisation du réseau néerlandais pourrait à elle seule coûter 200 milliards d’euros d’ici 2040. En revanche, la Commission estime ce coût à seulement 1 200 milliards d’euros pour l’ensemble de l’UE, soit seulement six fois plus — un chiffre incroyablement bas qui suggèrerait une sous-estimation systématique.
L’Allemagne présente un tableau similaire. Seul un sixième des lignes de transport d’électricité prévues dans le cadre de la transition énergétique (Energiewende) ont été construites. La banque de développement allemande KfW estime que la capacité d’investissement dans le réseau devrait quadrupler pour atteindre les objectifs de 2030, mais personne ne sait d’où proviendraient les fonds nécessaires. La situation de l’hydrogène n’est guère plus favorable. Les institutions d’audit européennes et nationales ont conclu que les stratégies relatives à l’hydrogène sont davantage guidées par des ambitions politiques que par un réalisme technique ou économique. Peu de projets progressent et les technologies clés restent encore immatures. Les objectifs de stockage pour 2040 ou 2050 relèvent donc largement de la spéculation.
Paradoxalement, l’Allemagne elle-même reconnaît aujourd’hui les limites de son modèle. Le chancelier Friedrich Merz a annoncé un plan de construction de 71 centrales à gaz d’ici 2035 afin de garantir l’approvisionnement en électricité lors de périodes de pénurie récurrentes d’énergie éolienne et solaire, ainsi que des subventions pour les prix de l’électricité industrielle. La correction des échecs de la transition énergétique (Energiewende) risque maintenant de fausser la concurrence au sein de l’UE.
Du côté de la demande, la réalité est tout aussi brutale. Les industries énergivores constatent que les marchés mondiaux rechignent à payer des prix élevés pour des produits « décarbonés ». Par exemple, la production européenne d’aluminium a chuté de 25 % depuis 2010, tandis que la demande mondiale a bondi de plus de 70 %. Le prix élevé de l’électricité et l’obligation d’acheter des quotas d’émission de carbone freinent encore davantage les investissements.
Les ménages sont confrontés à des limites similaires. Les ventes de véhicules électriques ont stagné, alors que les inquiétudes concernant le coût, la praticité et la fiabilité persistent. Les pompes à chaleur et l’isolation ont connu la même trajectoire : un enthousiasme initial, des rendements décevants, puis un effondrement de la demande à la suite de la diminution des subventions. Seules des réglementations plus strictes permettraient de combler l’écart, mais cela se ferait au détriment des libertés individuelles.
L’IREF conclut que le plan de neutralité carbone de l’UE est voué à l’échec dès son lancement. Sa cohérence interne est irréalisable à cette échelle, compte tenu des rythmes différents adoptés par les États membres. De persister aveuglément dans cette voie nuira à la prospérité et aux libertés, reproduisant ainsi l’erreur classique des grands projets centralisés – ce que l’économiste autrichien Friedrich von Hayek qualifiait d’orgueil fatal.
L’ironie du sort vient du fait que l’impact climatique sera négligeable. Selon les formules du GIEC, l’IREF estime que pour l’Europe, d’atteindre la neutralité carbone en 2100 plutôt qu’en 2050 ne modifierait les températures mondiales que de 0,02 à 0,06 °C — en deçà de tout seuil de mesure significatif.
L’IREF appelle donc à un changement de cap stratégique : une transition plus lente et plus réaliste vers la décarbonation, axée sur l’innovation plutôt que sur des obligations contraignantes. Le système électrique français, à base d’énergie nucléaire, affiche déjà des émissions bien inférieures à celles du modèle européen, fortement basé sur les énergies renouvelables et inspiré par l’échec de l’expérience allemande. Le remplacement progressif des centrales à charbon et à gaz restantes par une production d’électricité bas carbone pilotable – incluant potentiellement des technologies nucléaires avancées – au cours des trois prochaines décennies serait à la fois économiquement et techniquement crédible. Cette voie permettrait d’éviter des refontes radicales du réseau, des projets de stockage irréalistes et des décalages entre l’offre et la demande.
L’Europe commence à s’adapter timidement, en assouplissant les obligations relatives aux véhicules électriques et en autorisant des subventions à l’électricité. Mais ces mesures superficielles ne sauraient sauver une stratégie fondamentalement défaillante. Une véritable réévaluation s’impose. Mieux vaut rectifier le tir dès maintenant que de persister dans une illusion qui risque de compromettre le projet européen lui-même.
Le rapport, en français : « La loi climatique de l’Union européenne : un désastre économique et sociétal sans effet sur le climat », rédigé par Vincent Bénard, IREF, décembre 2025 – Vincent Bénard est ingénieur en aménagement du territoire et analyste économique, auteur de plusieurs articles et rapports pour l’IREF depuis 2021.
Traduction : Eric Vieira
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