Le président de Clintel, Václav Klaus, met en garde : « Aucun changement radical ne sera observé en Europe dans un avenir proche. »

Un optimisme naïf sur la politique climatique en surestimant les récents signaux positifs, comme ceux du président Trump serait une érreur. C’est l’avis de Václav Klaus, président de Clintel : « Rien n’a changé au sein de l’UE. En tant que spécialistes des sciences sociales, on ne voit pas de changement radical se produire en Europe dans un avenir proche. » a dit M. Klaus a lors de la réunion annuelle de l’Association norvégienne des climatologues (Klimarealistene) à Oslo, le 15 mars.

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Václav Klaus et Olav Martin Kvalheim (Photo: Jan-Erik Solheim)

Foudation Clintel
Date: 17 mars 2026

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(Vous trouverez ci-dessous le texte intégral du discours prononcé par Václav Klaus devant les réalistes du climat le 15 mars 2026 à Oslo.)

Professeur Kvalheim, Mesdames et Messieurs, Mesdames et Messieurs,

Un grand merci de m’avoir invité à Oslo et en Norvège. En tant que récemment nommé et deuxième président de CLINTEL, j’ai reçu plusieurs invitations de sympathisants de CLINTEL à l’étranger, mais la vôtre est la première que j’accepte. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que votre invitation, ainsi que mon entretien à Bruxelles avec le Professeur Solheim en décembre dernier, m’a paru sérieux. De plus, votre nom, Klimarealistene – pour quelqu’un qui se considère lui-même comme réaliste – correspond parfaitement. Encore une fois, un grand merci.

Je suis heureux d’être en Norvège et d’assister à cette réunion. Je ne gâcherai pas la soirée en commentant les événements dramatiques et extrêmement dangereux qui se déroulent actuellement dans le monde, notamment en Iran et au Moyen-Orient. Cependant, après plus de trente ans d’engagement politique, il me semblerait presque déplacé de prétendre que tout va bien et de ne parler que de climat et de la manipulation des sciences du climat pour façonner progressivement nos sociétés. Néanmoins, je respecte le sujet de notre réunion. Je pars aussi du principe que les Klimarealistene sont réalistes dans tous les aspects de la vie, et pas seulement en matière de climat. Je considère les récents événements en Iran comme une négation du réalisme, et je crois que tous les vrais réalistes devraient s’y opposer.

1. Moi et la Norvège est une histoire relativement courte

Je ne suis allé en Norvège qu’à deux reprises, bien moins souvent que dans presque tous les autres pays européens (à l’exception de certaines anciennes républiques soviétiques). Ma première visite remonte à février 1994, où j’assistais, en tant que Premier ministre de la République tchèque, à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Lillehammer. Je me souviens encore de son caractère très norvégien. C’était l’une des dernières cérémonies traditionnelles, à l’ancienne, non encore dénaturée par les excès de l’idéologie progressiste cosmopolite, comme ce fut le cas à Paris en 2024. Il faisait -19 degrés Celsius à Lillehammer ce jour-là, et passer trois heures dehors, assis sans bouger, fut une expérience inoubliable.

Ma deuxième visite en Norvège, en 2005, était une visite d’État officielle en ma qualité de président de la République tchèque. J’ai rencontré le roi Harald V, le Premier ministre Bondevik et d’autres représentants du gouvernement. Notre délégation a également visité Bergen et a eu l’occasion de faire une excursion dans un fjord. C’est tout ce que j’ai vu personnellement en Norvège jusqu’à présent. Je sais que ce n’est pas suffisant.

Pour un économiste comme moi, votre pays est associé au premier lauréat du prix Nobel d’économie, Ragnar Frisch (ainsi qu’avec Trygve Haavelmo). En tant qu’économiste et homme politique, je regrette de devoir dire que la Norvège est pour moi liée à une idée très trompeuse :  la notion de croissance durable, que j’associe à Madame Brundtland. J’ai été pendant des années son adversaire résolu lors de nombreuses réunions internationales. Cette idée fondamentalement erronée est devenue – tout naturellement – ​​l’un des tenants de l’idéologie verte, de l’écologisme. Elle demeure encore aujourd’hui l’un de ses principaux pilliers, en concurrence avec le concept tristement célèbre et économiquement totalement irrationnel des  limites à la croissance. La croissance durable et les limites à la croissance reposent toutes deux sur le même raisonnement.

Les économistes savent que le degré de préoccupation pour la qualité de l’environnement est fonction de la prospérité économique, du PIB par habitant. À cet égard, il est inévitable que la Norvège, l’un des pays les plus riches du monde, se soucie davantage de son environnement que les pays moins développés, c’est-à-dire plus que le reste du monde.  Il existe cependant une différence fondamentale entre l’environnement et l’écologisme.  L’écologisme ne se soucie pas de l’environnement. Il instrumentalise seulement l’environnement pour transformer la société selon ses propres préférences. C’est fondamentalement inacceptable pour tout démocrate. Nul ne devrait chercher à imposer ses priorités et ses préférences à des citoyens libres.

Il m’arrive assez souvent – ​​et cela peut paraître paradoxal à vos yeux – de faire référence à la Norvège lorsqu’on me demande d’expliquer et de justifier que c’est moi qui, malgré mes vives critiques à l’égard de l’unification européenne, ai adressé au nom de la République tchèque la lettre de demande d’adhésion à l’UE à Bruxelles. C’était il y a trente ans, en 1996, peu de temps après la chute du communisme. À cette époque, nous n’étions pas encore un pays européen à part entière, reconnu comme tel, du moins aux yeux de ceux qui s’étaient autoproclamés propriétaires de l’UE.

Mon argument, souvent répété, est que, en tant que pays post-communiste, nous n’avions pas le luxe d’être la Norvège ou la Suisse – suffisamment fortes et sûres d’elles pour s’opposer à l’adhésion à l’UE. Je reste convaincu que nous n’avions pas d’autre choix à l’époque – non pas par désir d’obtenir des fonds européens (ce qui n’est guère utile), mais en raison de notre manque de réputation et de reconnaissance après quarante ans de communisme. L’opinion publique dans mon pays ne m’aurait pas permis de faire autrement. C’est la principale raison pour laquelle je fais souvent référence à la Norvège.

Václav Klaus  (Photo: Jan-Erik Solheim)

2. J’ai été invité en tant que nouveau président de Clintel

Permettez-moi de dire quelques mots sur mon point de vue concernant l’alarmisme climatique, qui est, je suppose, le thème principal des Klimarealistene et de votre assemblée annuelle d’aujourd’hui. Je ne suis pas venu ici pour donner de leçons. Je souhaite plutôt partager avec vous certaines de mes inquiétudes et incertitudes – concernant la tentative de création d’un réseau international d’opposants à l’alarmisme climatique et concernant Clintel, grâce auquel j’ai pu vous rencontrer.

Certains d’entre vous ont peut-être lu mon discours présidentiel de Clintel pour 2026, dans lequel j’ai osé exprimer certaines de mes inquiétudes quant à l’avenir de notre organisation. Son évolution me préoccupe beaucoup. Nous avons une dette envers les fondateurs de Clintel, envers le professeur Berkhout et envers tous ceux qui ont signé la première déclaration de Clintel : celle de poursuivre leur œuvre. Nous ne devons pas décevoir leurs attentes.

Dans mon discours présidentiel, j’ai insisté sur le fait que  nous ne sommes pas des négativistes, mais des sceptiques rationnels. Dans la déclaration initiale de Clintel, nous soulignions qu’à notre avis, « la science du climat a dégénéré en un débat fondé sur des croyances, et non sur une science rigoureuse et autocritique ». C’est cela, et cela doit le rester à mon avis, notre point de départ.

Je soutiens pleinement, comme l’a souligné le professeur Berkhout dans sa lettre de septembre 2025, « le rôle irremplaçable des sciences fondamentales, par opposition à la modélisation climatique ». En tant qu’ancien économètre, je considère les modèles climatiques comme un problème majeur. Lorsque je les compare aux modèles économétriques, le recours excessif à la paramétrisation (ou au calibrage des paramètres) dans ces modèles me paraît inconcevable.  C’est un retour à une pensée préscientifique.  Or, ces modèles, truffés de mathématiques, ont une apparence scientifique et le public n’est pas en mesure d’en percevoir le problème. Modéliser sans fondements scientifiques solides est, bien entendu, conceptuellement erroné.

Nous ne croyons pas non plus que « la science soit établie », ce qui constitue l’un de nos principaux désaccords avec le GIEC. La science ne peut jamais être établie. Nous devons insister sur ce point. Je suis certain que vous partagez cet avis.

Je suggère quatre points principaux à prendre en considération :

  1. Clintel est-il (ou devrait-il être) encore une organisation de lobbying, encore un groupe de pression militant luttant contre les principales aberrations de l’alarmisme climatique ?  Ma réponse est sincère : je n’en suis pas certain.  Je suis en contact régulier avec un groupe Clintel tchèque actif. Son existence est le fruit d’une évolution spontanée observée dans de nombreux pays. Il s’agit d’un groupe de personnes qui militent actuellement contre la fermeture des dernières mines de charbon en République tchèque. Ce lobbying est, sans aucun doute, un objectif très louable. Puisque nous ne possédons ni pétrole ni gaz sur notre territoire, le charbon – cette énergie fossile traditionnelle – a été notre principale source d’énergie pendant deux siècles.C’est un sujet brûlant dans mon pays en ce moment. Ce groupe m’a demandé de remettre personnellement, en ma qualité d’ancien président du pays et président actuel de Clintel, un document bien structuré et étayé par des données, préparé par ce groupe, au ministre tchèque du Commerce et de l’Industrie. Je l’ai fait, même si je n’étais pas certain que ce soit (ou que cela devrait être) l’activité principale de Clintel. Vous avez peut-être eu votre propre expérience en la matière en Norvège et – croyez-moi – je suis venu ici pour apprendre autant que possible de vous.
  2. Nous savons que Clintel, tout comme les Klimarealistene, n’est pas, et ne devrait pas prétendre d’être un institut de recherche. Nous comptons des membres et des sympathisants qui travaillent dans la recherche et la théorie, mais nous n’avons pas l’intention d’organiser nous-mêmes de telles recherches (et nous n’en avons ni les moyens ni les financements). J’espère que vous partagez ce point de vue. Ai-je raison ? Ou existe-t-il une autre façon de voir les choses ?
  3. Clintel pourrait, bien entendu, demeurer  une simple structure fédératrice  permettant aux individus dispersés à travers le monde de se sentir moins seuls, de savoir que de nombreuses personnes partagent une vision similaire du monde et de ses problèmes, et ne supportent ni l’arrogance du GIEC ni la politisation des sciences du climat qui en découle, et qui ont besoin d’une organisation internationale qui exprime leurs points de vue avec crédibilité et respect. Il s’agit là, sans aucun doute, d’une autre direction possible pour nos activités. Exprimons-nous clairement à ce sujet.
  4. Clintel pourrait à terme devenir une sorte de  maison d’édition, avec sa propre revue et ses propres ouvrages. Cela impliquerait d’étoffer notre lettre d’information et de publier davantage de livres tel que l’étude à succès de 2023, «  Climat : Les points de vue figés du GIEC ». Avez-vous le sentiment que les occasions de publier vos points de vue sont insuffisantes ? Je n’en suis pas convaincu. Mais la question mérite d’être débattue. Devons-nous nous contenter des publications en ligne, ou sommes-nous, comme moi, des défenseurs de la tradition et de l’importance des publications imprimées ?

Comme je l’ai dit, je suis venu en Norvège pour écouter et apprendre. Et je m’en réjouis.  Nous qui sommes ici aujourd’hui avons le sentiment que l’alarmisme climatique, fondé sur une science superficielle et politisée, menace de plus en plus l’avenir du monde.  Et nous, en tant qu’européens, le percevons comme une menace encore plus grande pour l’Europe que pour les autres continents. Le Pacte vert, l’idée européenne, est devenu  l’incarnation et le symbole de cet alarmisme climatique. Ses conséquences entraînent la marginalisation croissante de notre vieux continent. Il met en péril l’industrie européenne. Le rêve de vivre uniquement de services et d’importations de tous les produits industriels et agricoles est totalement irrationnel. C’est peut-être possible, mais pas prématurément.

La Norvège, à mon avis, a la chance de ne pas être membre de l’UE, même si nous savons qu’elle participe à nombre de ses activités pour le moins discutables. À cet égard, même sans adhésion formelle, vous en faites partie. Vous n’êtes toutefois pas sanctionné pour le non-respect des directives européennes, ce qui constitue un avantage considérable. Du moins pour l’instant.

3. Les économistes et l’alarmisme climatique

En tant qu’économiste devenu homme politique au moment de la chute du communisme, j’ai des convictions très fortes sur cette question. Lorsque je parle d’alarmisme climatique, d’écologisme, je parle d’idéologie, non de science. Les économistes ont de nombreux désaccords avec cette idéologie. Je ne pense pas que nous ayons suffisamment de temps cet après-midi pour les aborder en détail. Permettez-moi toutefois de vous donner un bref aperçu des principaux points de ce débat :

  1. Les économistes contestent le concept de « limites à la croissance ». Ce concept repose sur une pensée statique, proche de celle de Robert Malthus et des malthusiens, dont les idées ont été maintes fois remises en question et réfutées par des économistes reconnus.  Cette conception statique ignore le progrès technique et l’ingéniosité humaine. 
  2. Les économistes contestent la prétendue sagesse des planificateurs centraux et de tous ceux qui sont persuadés de mieux savoir ce que le marché devrait produire et comment. Ceux qui ont connu le communisme en savent quelque chose. La planification centrale et  toute forme de réglementation étatique rendent l’économie inefficace et écologiquement insoutenable. La réglementation des émissions de CO₂ exige des interventions massives sur le système des prix et des subventions massives aux produits écologiques. L’argumentation actuelle ressemble étrangement à celle dont je me souviens de l’époque communiste.
  3. Les économistes considèrent  le système des prix  comme la principale et irremplaçable source d’information pour nos prises de décision. Toute perturbation de son fonctionnement porte un coup fatal à la rationalité et à l’efficacité. Et là, notre expérience reste inoubliable. Nous déplorons que cette expérience se soit déjà plus ou moins perdue dans le monde nouveau et complexe d’aujourd’hui.
  4. La création et l’échange de quotas d’émission, principal mode de gestion des émissions de CO₂ au sein de l’Union européenne, sont déconnectés du système de marché et de la détermination libre des prix. Il s’agit d’un système administratif étatiquequi prétend seulement d’être favorable au marché. Ce n’est pas ainsi qu’on intègre une approche économique à la résolution des problèmes environnementaux.
  5. Ce sont les économistes (et non leurs détracteurs) qui ont inventé, il y a plus d’un siècle, le concept d’externalités. Or, les écologistes en font un mauvais usage et interprètent le monde comme étant rempli d’externalités, ce qui est inexact. Cette idée fausse doit être fermement rejetée.
  6. Les écologistes ont une conception très simpliste de la prise de décision intertemporelle, qui ne repose pas sur  le concept d’actualisation. Or, ce concept est devenu fondamental en économie. J’ai participé au débat sur le réchauffement climatique il y a plusieurs décennies avec un article sur l’actualisation, dans lequel j’exprimais mon désaccord avec le taux d’actualisation a priori très faible utilisé dans la modélisation climatologique. Le choix d’un taux d’actualisation faible, proche de zéro, reposait uniquement sur un raisonnement éthique a priori, sans tenir compte du coût d’opportunité des décisions (et des investissements) en faveur de l’environnement.

Je suis convaincu que Clintel et tous les Klimarealistene devraient accorder plus d’attention à la dimension économique du changement climatique. Les non-économistes rechignent généralement à s’y intéresser, ce qui est une erreur.

Conclusion

Mesdames et Messieurs, permettez-moi de m’arrêter ici. Dans le sous-titre de mon livre de 2007, « La Planète bleue aux fers verts », traduit en 18 langues, j’ai soulevé une question fondamentale à mes yeux : « Qu’est- ce qui est menacé : le climat ou la liberté ? ». Je suis convaincu – et je suppose que beaucoup d’entre vous le sont aussi – que le climat se porte plus ou moins bien. Nous devons faire tout notre possible pour transmettre cette vérité au plus grand nombre possible de personnes.

Gloria von Thurn und Taxis, une aristocrate allemande, a publié en 2025 un livre intitulé « Lieber unerhört als ungehört » (mieux vaut être scandaleux que de passer inaperçu) (Langen Müller Verlag, Munich). J’espère que les Norvégiens parlent ou comprennent suffisamment bien l’allemand, car la traduction anglaise « Better ignored than unheard », réalisée par une intelligence artificielle, manque d’élégance.

Comme je l’ai dit, nous ne sommes pas des pessimistes, mais des sceptiques rationnels. Cependant, nous ne sommes pas, et ne devrions pas être, des optimistes naïfs. Nous ne surestimons pas les signaux positifs venant de divers horizons – notamment des États-Unis et du président Trump ces derniers temps – car nous savons que rien n’a changé en Europe, ni au sein de l’Union européenne. Certains d’entre vous diront peut-être : « pour l’instant … »

Je ne suis pas d’accord. Nous autres, spécialistes des sciences sociales, ne pouvons imaginer de changement substantiel en Europe dans un avenir proche, car la caractéristique principale de l’Union européenne ne le permettra pas. Mais comme on dit en allemand, « Optimismus ist Pflicht » (l’optimisme est un devoir). Restons réalistes et aspirons à un changement fondamental.

Discours prononcé lors de l’assemblée annuelle des Klimarealistene, Oslo, le 15 mars 2026

Traduction : Eric Vieira

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