Le « héros » néerlandais du climat, Donald Pols, avait un passé d’extrême droite ; les Amis de la Terre le savaient
Donald Pols était l’une des figures les plus emblématiques du mouvement écologiste néerlandais. En 2021, il remporta une victoire historique lorsqu’un tribunal néerlandais ordonna à Shell d’accélérer la réduction de ses émissions. À la suite de son transfert très controversé chez Tata Steel le mois dernier, on apprend que Pols avait été président de « l’Afrikaner Student Front » (front des étudiants afrikaners), (ASF) durant sa jeunesse – une organisation étudiante d’extrême droite opposée à l’abolition de l’apartheid. « Friends of the Earth Netherlands », son ancien employeur, était au courant de ce pan de son passé depuis au moins cinq ans.
Moins de 24 heures après sa prise de fonction en tant que directeur du développement durable chez Tata Steel, Donald Pols, ancien directeur général de « Friends of the Earth » Pays-Bas jusqu’au mois dernier, a vu son contrat brutalement annulé. Le mardi 2 juin, le sidérurgiste a annoncé la résiliation immédiate du contrat de M. Pols à la suite de la révélation d’informations sur son passé – informations qui, selon Tata Steel, n’avaient pas été communiquées à l’entreprise auparavant.
L’élément déclencheur fut une révélation publiée par le journal néerlandais NRC concernant les années de Pols en tant qu’étudiant en Afrique du Sud. Les recherches de l’historienne Anne-Lot Hoek indiquent qu’au début des années 90, Pols présidait le Front des étudiants afrikaners (ASF), une organisation étudiante d’extrême droite opposée à l’abolition de l’apartheid et agissant contre le Congrès national africain (ANC) de Nelson Mandela. Selon NRC, Pols joua un rôle de premier plan au sein du mouvement pendant quelques années, dès l’âge de 19 ans.
Pour le conseil d’administration de Tata Steel, le fait que cette information n’ait pas été communiquée à l’entreprise constituait une raison suffisante pour mettre fin immédiatement à ses relations avec Pols.
“Répréhensible”
Pols a reconnu son implication au sein de l’organisation. Dans une déclaration au NRC, il a qualifié les opinions qu’il tenait alors de « répréhensibles » et a affirmé avoir honte de cette période. Selon Pols, il était un jeune étudiant élevé dans un milieu conservateur et isolé, pris dans l’engrenage du climat politique tumultueux de l’époque.
« Je ne suis plus du tout la même personne qu’à l’époque », a-t-il déclaré.
Ces révélations surviennent à un moment particulièrement délicat. Pendant des années, Pols a été l’une des figures les plus emblématiques du mouvement écologiste néerlandais. En tant que directeur de « Friends of the Earth Netherlands », il a mené des campagnes contre les principaux émetteurs industriels et s’est étroitement associé à l’un des procès climatiques les plus médiatisés de l’histoire des Pays-Bas : l’affaire Shell.
En 2021, sous son impulsion, l’association « Friends of the Earth Netherlands » a obtenu une décision de justice historique obligeant Shell à réduire plus rapidement ses émissions. Bien que cette décision ait été ultérieurement retournée en appel, cette affaire a conforté la réputation de Pols comme l’un des militants écologistes les plus influents du pays.
Tempête politique
C’est précisément cette réputation qui a rendu la nomination de Pols chez Tata Steel, annoncée le mois dernier, si controversée. Après des années de pression sur les grandes entreprises industrielles polluantes, il a accepté un poste dans une société que les Amis de la Terre Pays-Bas ont souvent qualifiée de l’une des plus polluantes du pays.
L’organisation environnementale a réagi avec une virulence inhabituelle. Elle a déclaré n’avoir « aucune comprehension » pour la décision de Pols et a immédiatement rompu tout lien avec son ancien directeur. Pour nombre de ses sympathisants, cette décision a été perçue comme une défection en faveur du camp adverse.
Les Amis de la Terre le savaient déjà
Le moment choisi pour ces révélations est donc devenu un sujet de controverse en soi. À peine le débat sur le départ de Pols s’était-il apaisé que l’article du NRC est paru, rendant instantanément sa position chez Tata Steel intenable. Cette succession d’événements a inévitablement alimenté les spéculations quant au moment de la divulgation et aux personnes qui auraient pu avoir intérêt à rendre l’information publique.
Pols a confié au NRC qu’il craignait depuis longtemps que son passé d’étudiant ne finisse par refaire surface. Il a également affirmé que plusieurs personnes connaissant son passé avaient tenté de le faire chanter à plusieurs reprises.
D’après M. Pols, une telle tentative de chantage l’a incité à informer le président du conseil d’administration de Friends of the Earth Netherlands il y a cinq ans. L’organisation a par la suite décidé de ne donner aucune suite à cette information.
Traduction : Eric Vieira
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