Non, l’épidémie de solitude n’est pas causée par le changement climatique
L’épidémie de solitude est aggravée par le changement climatique, car la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes contraint les gens à s’isoler. Linnea Lueken commente cette affirmation nouvelle et absurde.
Un article récent de « The Conversation » (via PBS News), intitulé « Le changement climatique serait peut-être en train de nous rendre plus seuls. Comment les vagues de chaleur et les phénomènes météorologiques extrêmes perturbent les liens sociaux », affirme que l’épidémie de solitude est aggravée par le changement climatique car la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes oblige les gens à rester séparés. C’est ridicule. S’il est vrai que les jeunes adultes se sentent plus isolés que les générations précédentes, ce n’est pas parce que les conditions météorologiques sont plus extrêmes. Loin de là. L’isolement est dû à des changements culturels, les gens privilégiant souvent les relations et les formes de communication en ligne aux interactions interpersonnelles en face à face. Par le passé, les phénomènes météorologiques extrêmes ont également perturbé la communication et les routines, mais ils n’ont pas provoqué d’isolement massif comme l’ont fait les confinements liés à la COVID-19 et les réseaux sociaux. De plus, puisque les phénomènes météorologiques extrêmes ne sont ni plus fréquents ni plus violents, ils ne peuvent pas être la cause d’un isolement et d’une solitude accrus.
Travailleurs sociaux
Fiona Doherty, chercheuse en travail social à l’université du Tennessee, a rédigé l’article de « The Conversation » à partir d’entretiens et de recherches menés avec ses collègues auprès d’autres travailleurs sociaux et d’habitants des zones rurales des Appalaches. La plupart des éléments de preuve avancés proviennent de témoignages anecdotiques recueillis auprès des personnes interrogées, ce qui ne constitue pas une base fiable pour une recherche scientifique.
Doherty affirme, à juste titre, que « les tempêtes violentes, les vagues de chaleur et les feux de forêt peuvent paralyser la vie sociale d’une communauté, provoquant l’annulation de festivals, d’évènements communautaires et contraignant les gens à rester chez eux ». C’est vrai, mais son commentaire suivant, qui souligne l’évidence, est absurde : il s’agirait de la « preuve que le changement climatique ne se contente pas de modifier notre environnement, mais entrave également notre capacité à nouer des liens », aggravant ainsi l’épidémie de solitude.
Cela supposerait que les tempêtes violentes, les vagues de chaleur et les feux de forêt n’aient pas eu lieu avant la période qu’elle qualifie de représentative du « changement climatique », qui correspond probablement, dans ce cas précis, aux décennies qui ont suivi l’industrialisation et l’utilisation généralisée des énergies fossiles. Durant cette période, affirme-t-elle, les phénomènes météorologiques extrêmes sont devenus « plus fréquents et plus perturbateurs », citant notamment les fortes chaleurs, les inondations, les ouragans, les sécheresses et les feux de forêt.
Les Appalaches
Il n’est pas possible, dans ce court article, d’expliquer en détail pourquoi chacun de ces phénomènes météorologiques ne s’aggrave pas à cause du changement climatique, mais je me concentrerai sur ceux qui concernent le plus les Appalaches : les vagues de chaleur extrêmes et les inondations. Si vous souhaitez en savoir plus sur les feux de forêt, les ouragans et la sécheresse, vous pouvez consulter les articles de Climate Realism (liens ci-joints) concernant les feux de forêt de cet été en Amérique du Nord, l’impact de l’ouragan Helene sur la Caroline du Nord et la sécheresse en Géorgie, ou plus généralement sur les États-Unis dans leur ensemble : « Climate at a Glance: Hurricanes », « Climate at a Glance: US Wildfires » et « Climate at a Glance: Drought ».
Les États des Appalaches ont connu parmi les réchauffements moyens les plus faibles du pays. On estime que le Tennessee n’a enregistré qu’une hausse de température moyenne de 0,5 degré Fahrenheit depuis 1900, la Virginie-Occidentale de 1 degré Fahrenheit, la Virginie de 1,5 degré Fahrenheit et le Kentucky de 0,6 degré Fahrenheit. Aucun de ces États n’a connu d’augmentation du nombre de jours de forte chaleur. En réalité, les dernières décennies ont été marquées par moins de vagues de chaleur qu’au début du XXe siècle.
Prenons l’exemple de la Virginie-Occidentale. Entre les années 1910 et 1930, cet État a connu un nombre beaucoup plus élevé de jours où les températures ont atteint ou dépassé 35 °C (95 °F). (Voir figure ci-dessous)
Figure 1 : Nombre de jours de forte chaleur observés en Virginie-Occidentale depuis 1900. Les points représentent les valeurs annuelles. Les barres orange indiquent les moyennes sur 5 ans, la dernière barre représente une moyenne sur 6 ans. La ligne noire horizontale représente la moyenne sur l’ensemble de la période. Graphique tiré de : Runkle, J., KE Kunkel, R. Frankson, BC Stewart et J. Spaccio. West Virginia State Climate Summary 2022.
Même en tenant compte de la chaleur de cette année, on est loin des records des années 1930.
Il en va de même pour les autres États des Appalaches.
Par conséquent, l’augmentation des vagues de chaleur extrême ne peut pas être à l’origine du sentiment croissant d’isolement, car elle n’augmente tout simplement pas, ni en fréquence ni en durée.
Inondations
De même, les inondations ne s’aggravent pas, du moins pas en raison d’une intensification des pluies torrentielles, même s’il est possible que le vieillissement des infrastructures aggrave les conséquences des inondations naturelles. Les données des stations de jaugeage des rivières de Virginie-Occidentale, région très exposée aux inondations en raison de sa topographie, ne montrent aucune tendance à l’augmentation des crues fluviales. La pire inondation de l’histoire de l’État, qui a touché plusieurs rivières et établi des records dans tout l’État, s’est produite en 1985.
L’article de « The Conversation » admet que la pandémie de COVID-19 a paralysé la vie sociale américaine (et mondiale), et affirme que les interactions sociales étaient déjà en déclin avant cela, attribuant ce déclin au changement climatique sans absolument rien dire sur les autres facteurs, comme l’essor des médias sociaux et l’évolution des pratiques culturelles.
De nombreuses études ont établi un lien étroit entre l’utilisation accrue des réseaux sociaux et les sentiments d’isolement et de solitude chez les utilisateurs, alors même qu’on pourrait penser qu’ils sont plus connectés que jamais. Il ne s’agit pas d’une information spécialisée, et un travailleur social professionnel serait certainement au courant de ces preuves accablantes.
Embarrassant
La météo est un phénomène temporaire, et non un état permanent du climat. Elle est naturelle et en perpétuelle évolution, et elle a toujours influencé les interactions humaines. Pour chaque personne empêchée d’assister à un office religieux à cause d’une route coupée, une autre famille pourrait profiter d’un moment de réconfort au coin du feu par une nuit de tempête de neige. Pensons à l’impact des hivers rigoureux du Grand Nord, où le soleil se couche et ne se lève pas pendant des semaines, sur la santé mentale. Cela ne signifie pas pour autant que l’inclinaison de l’axe de la Terre et sa rotation autour du Soleil soient la cause d’un sentiment d’isolement ou de dépression.
« The Conversation » et la chaîne PBS devraient avoir honte de promouvoir ces théories qui frôlent la pseudoscience. Nous savons ce qui aggrave l’épidémie de solitude, et ce ne sont ni le changement climatique ni même la météo.
Traduction : Eric Vieira
Cet article a été initialement publié sur ClimateRealism.com le 14 août 2026.

Linnea Lueken
Linnea Lueken est chercheuse associée au Centre Arthur B. Robinson pour le climat et les politiques environnementales. En 2018, alors qu’elle effectuait un stage au Heartland Institute, elle a co-écrit une note d’information de cet institut intitulée « La démystification de quatre idées préconçues et persistantes sur la fracturation hydraulique ».
L’article que vous venez de lire a été rendu possible grâce à nos donateurs.
Clintel publie quotidiennement des articles sur le climat, l’énergie et les sciences. Nous traduisons et diffusons également des analyses internationales en plusieurs langues, produisons des vidéos, publions des rapports et organisons des conférences et des événements dans le monde entier.
Nous ne recevons aucun financement public et dépendons entièrement du soutien de nos donateurs. Votre soutien nous permet de promouvoir la recherche indépendante et de contribuer à un débat plus ouvert et équilibré sur les questions climatiques et énergétiques.
Souhaitez-vous soutenir notre travail ? Choisissez l’option qui vous convient le mieux :
- Devenez Ami de Clintel – soutenez-nous par une contribution annuelle
- Faites un don régulier – apportez-nous un soutien continu et aidez-nous à planifier l’avenir
- Faites un don ponctuel – chaque contribution compte
Merci pour votre soutien.
more news
Unrealistic Canadian Climate Policy Bogs Down Economy
Unrealistic Canadian Climate Policy Bogs Down Economy "Canadian Climate Policy – What Comes Next?" is a new report by Robert Lyman, published by Friends of Science Society. US Endangerment Finding on carbon dioxide is consequential to central bank and Canadian climate policies. Friends of [...]
Václav Klaus: Should We – and Eventually Can We – Do Anything about Climate?
Should We – and Eventually Can We – Do Anything about Climate? Václav Klaus, former president of the Czech Republic, and a prominent signatory of the Clintel World Climate Declaration, recently gave a talk at the 34th Economic Forum Karpacz in Poland in a session titled “Climate Change– a Shared Responsibility”. Klaus said: [...]
On Truth and Freedom
On Truth and Freedom A personal note explaining my general stance on science. Demetris Koutsoyiannis Date: 9 September 2025 The revolutionary relationship between truth and freedom was perhaps most clearly formulated by Jesus Christ: [...]







