Le démantèlement de l’industrie du ferrochrome en Afrique du Sud
L’industrie du ferrochrome, autrefois dominante en Afrique du Sud, est au bord de l’effondrement et nécessite un plan de sauvetage gouvernemental. Ce déclin n’est pas dû à une baisse des besoins mondiaux en ferrochrome, mais plutôt à la politique industrielle des dirigeants sud-africains, liée à un agenda « vert » qui compromet une alimentation énergétique fiable et abordable et sacrifie la vigueur de l’économie.

Fonderie de ferrochrome près de Lydenburg, Afrique du Sud ( Source : Shutterstock )
Lars Schernikau and Vijay Jayaraj
Date: 10 janvier 2026
L’industrie du ferrochrome, autrefois dominante en Afrique du Sud, est au bord de l’effondrement et nécessite un plan de sauvetage gouvernemental. Ce déclin n’est pas dû à une baisse des besoins mondiaux en ferrochrome, mais plutôt à la politique industrielle des dirigeants sud-africains, liée à un agenda « vert » qui compromet un approvisionnement énergétique fiable et abordable et sacrifie la vigueur de l’économie.
Ce qui se passe en Afrique du Sud devrait préoccuper tous les pays qui se soucient encore des emplois industriels, des chaînes d’approvisionnement et du coût de l’énergie pour les citoyens ordinaires.
Le ferrochrome – composé principalement de minerai de chrome, de produits dérivés du charbon et nécessitant une importante production d’électricité – n’est pas un produit de niche. Apprécié pour sa dureté et sa résistance à la corrosion, le ferrochrome est un composant essentiel de l’acier inoxydable, l’alliage utilisé dans la fabrication d’appareils électroménagers, d’outils industriels, de véhicules et d’infrastructures de construction. Il est difficile d’imaginer l’industrie moderne sans ferrochrome.
Il aurait suffi à l’Afrique du Sud d’avoir accès à cette précieuse matière première pour bâtir une industrie sidérurgique de premier plan. Le pays possède deux atouts enviables : les plus importantes réserves mondiales de minerai de chrome et une base de production de ferrochrome qui n’est devancée que par celle de la Chine. Cette combinaison devrait garantir l’avantage concurrentiel du ferrochrome sud-africain. Pourtant, cette industrie est en déclin.
Glencore PLC, un géant londonien du secteur qui détient 80 % de ce qui était le plus grand producteur mondial, la coentreprise Glencore-Merafe en Afrique du Sud, a annoncé une baisse de plus de 25 % de sa production de ferrochrome entre 2024 et 2025.
La baisse de la production de l’usine sud-africaine – de 430 000 à 600 000 tonnes – s’explique par l’hostilité du gouvernement envers le charbon et sa préférence pour des technologies comme les éoliennes et les panneaux solaires – des positions qui ignorent les lois fondamentales de l’énergie.
Robert Cartman, analyste principal chez « Fastmarkets » prévoit que la production totale de ferrochrome en Afrique du Sud pourrait chuter de 3,3 millions de tonnes en 2024 à un maigre million de tonnes en 2026. À ce moment-là, l’Afrique du Sud cessera d’être un acteur majeur. Des mines fermeront leurs portes. Le savoir-faire se délocalisera. Les revenus disparaîtront.
La production de ferrochrome est extrêmement énergivore et nécessite une alimentation électrique stable et bon marché pour les fours à arc électrique, lesquels ne tolèrent pas les aléas climatiques du vent et du soleil. Lorsque les nuages s’amoncellent ou que le vent tombe, une fonderie fonctionnant à 1 700 degrés Celsius ne peut tout simplement pas « faire une pause ».
De même, le charbon n’est pas seulement une source d’énergie pour cette industrie. Le charbon métallurgique est indispensable à la chimie : il fournit le carbone nécessaire à la réduction du minerai de chrome, permettant ainsi de le séparer de l’oxygène. Sans charbon, il n’y a pas de ferrochrome.
Il n’existe pas d’alternative pratique aux combustibles fossiles pour l’industrie du ferrochrome, mais le régime énergétique sud-africain décourage l’utilisation de ces sources d’énergie économiques et compromet la fiabilité et l’accessibilité financière de l’électricité.
Les tarifs de l’électricité augmentent depuis des années. Rien qu’en 2025, l’Autorité nationale de régulation de l’énergie a approuvé une hausse de près de 13 %, perpétuant une longue tendance de hausses fortes qui pèse lourdement sur les budgets des ménages et les bilans des entreprises.
Alors que les hauts fourneaux sud-africains s’arrêtent, la demande d’acier inoxydable continue de croître. Cependant, une part importante du marché s’est détournée de l’Afrique du Sud, permettant à la Chine de la surpasser et de devenir le premier producteur de ferrochrome.
La Chine a compris ce que Pretoria a oublié : la domination industrielle exige une énergie fiable et abordable, et disponible à la demande, or ni l’énergie solaire ni l’énergie éolienne ne peuvent la fournir. Le gouvernement chinois importe allègrement du minerai de chrome sud-africain, le transforme dans ses propres centrales au charbon et vend le ferrochrome ainsi obtenu au monde entier. L’Afrique du Sud exporte de fait une part importante de son produit intérieur brut, délocalise des emplois en Chine en perpétuant la pauvreté intérieure.
Sous la pression des exigences wokistes environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) en Afrique du Sud, les sociétés d’investissement et les banques internationales délaissent le secteur des ressources naturelles du pays. Les industries sud-africaines dépendantes du charbon sont privées d’assurance et de services financiers, tandis que d’énormes quantités de charbon alimentent la machine industrielle asiatique.
C’est un système truqué. L’Afrique du Sud s’enlise dans des réglementations « vertes » et des taxes « carbone » pour apaiser les élites étrangères, tandis que ses concurrents internationaux misent encore plus sur les énergies fossiles, indispensables à la construction d’économies fortes. Le Plan intégré des ressources 2025 (IRP2025) de l’Afrique du Sud continue de privilégier l’éolien et le solaire.
Le ministre de l’Électricité, Kgosientsho Ramokgopa, a récemment reconnu que la flambée des factures d’électricité est préjudiciable aux ménages. « Le ministère de l’Électricité et de l’Énergie reconnaît que la hausse du coût de l’électricité représente un défi majeur pour les ménages, les entreprises et l’économie en général », a-t-il déclaré.
Cet aveu constitue un rare moment de lucidité de la part d’un gouvernement préoccupé généralement par l’obscurcissement. Reste à savoir si les promesses de « mesures politiques et structurelles » visant à réduire « à terme » le coût de l’électricité seront un jour tenues. Ce qui est certain, c’est que la trajectoire actuelle conduit inévitablement à l’effondrement total de l’industrie sud-africaine du ferrochrome.
Les politiques visant à sauver l’industrie une fois les dégâts causés sont réactives, et non stratégiques. Les dirigeants sud-africains doivent adopter une politique énergétique qui tient compte de la réalité actuelle : le charbon et le gaz naturel sont indispensables à la compétitivité industrielle, du moins jusqu’à ce que des alternatives abordables, fiables et disponibles à la demande puissent égaler leurs performances et leur coût.
Ce commentaire a été initialement publié sur RealClear Markets le 7 janvier.


Dr. Lars Schernikau
Dr. Lars Schernikau est économiste de l’énergie, entrepreneur, négociant en matières premières, auteur, conseiller stratégique et membre de la CO2 Coalition, à Fairfax, en Virginie. Il est coauteur d’une analyse récente de la politique énergétique sud-africaine.
Vijay Jayaraj
Vijay Jayaraj est analyste en énergie et environnement et associé scientifique et de recherche à la CO2 Coalition.
Traduction: Eric Vieira
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