Lindzen, Happer et Koonin : il faut retirer le « cheval de Troie » du tribunal

Une nouvelle édition d’un manuel d’enseignement scientifique destiné aux juges s’écarte « nettement » d’une « longue tradition de neutralité », affirment trois des physiciens américains les plus éminents dans une lettre adressée au juge en chef de la Cour suprême des États-Unis, John Roberts.

Climate Intelligence (Clintel) is an independent foundation informing people about climate change and climate policies.
scientific courts

Image créée avec ChatGPT

Angela Wheeler
Date: 1er mai 2026

SHARE:

Dans une lettre ouverte adressée au juge Roberts, les docteurs Richard Lindzen (Massachusetts Institute of Technology), William Happer (Université de Princeton) et Steven Koonin (Institut Hoover de l’Université Stanford) ont exprimé leur mécontentement. Le juge Roberts est président du Centre judiciaire fédéral, éditeur de la quatrième édition du Manuel de référence sur la preuve scientifique, dont les auteurs de la lettre souhaitent la suppression du nouveau chapitre intitulé « Comment fonctionne la science ».

Depuis des décennies, le Manuel de référence constitue un guide essentiel pour plus de 3 000 juges fédéraux et d’innombrables magistrats d’État. Cité dans plus de 1 700 décisions de justice, il a aidé les tribunaux à distinguer les données scientifiques fiables des spéculations. Sa force réside dans son engagement à décrire le fonctionnement de la science selon les principes de la méthode scientifique tricentenaire, en évitant toute considération politique et tout glissement vers la pseudoscience.

Les auteurs de la lettre, qui comptent à leur actif plus de 600 publications évaluées par des pairs, apportent une expertise inégalée sur le sujet. Leur préoccupation porte sur le remplacement du chapitre respecté de feu David Goodstein par une version de 65 pages, surchargée et intellectuellement insuffisante.

Weisberg

Le principal auteur de ce nouveau chapitre est le philosophe Michael Weisberg, qui a joué un rôle de premier plan comme diplomate lors des négociations climatiques des Nations Unies, où il a plaidé en faveur d’aides financières aux petits États insulaires prétendument menacés par le réchauffement climatique. Le conflit d’intérêts apparent, compte tenu de sa contribution à des recommandations censées être neutres sur la base de données scientifiques, est flagrant – surtout dans le contexte des litiges climatiques impliquant des milliers de milliards de dollars de responsabilités potentielles.

Les problèmes de fond sont encore plus graves. Alors que Goodstein, ancien professeur de physique au California Institute of Technology, insistait sur la méthode scientifique — la formulation d’hypothèses et leur vérification par les données — ce nouveau chapitre la qualifie de « mythe ». Il érige le « consensus scientifique » et « l’acceptation générale » en forme suprême de certitude, transformant ainsi la recherche en un concours de popularité.

Cela inverse la pratique scientifique traditionnelle. Comme l’a observé le prix Nobel Richard Feynman, la clé de la science réside dans la comparaison directe des prédictions avec l’observation : « Si une prédiction contredit l’expérience, elle est fausse. »

Dans l’arrêt Daubert c. Merrell Dow Pharmaceuticals (1993), la Cour suprême a réaffirmé ce principe : la connaissance scientifique doit être acquise en confrontant les hypothèses à la réalité. Dans une édition antérieure, Goodstein déclarait : « Les données sont la monnaie courante en science », et les théories doivent formuler de nouvelles prédictions susceptibles d’être falsifiées ou vérifiées. Le consensus, en revanche, est un phénomène sociologique.

Marchands de doute

Comme l’a si bien dit Michael Crichton : « Si c’est un consensus, ce n’est pas de la science. Si c’est de la science, ce n’est pas un consensus. » L’histoire le confirme. Le « consensus » populaire sur la tectonique des plaques, les causes des maladies et les craintes de refroidissement climatique au XXe siècle ont été invalidés par les preuves, et non par les votes.

Ce qui révèle encore davantage les penchants militants du chapitre, c’est sa citation en ouverture de *Marchands de doute* de Naomi Oreskes et Erik Conway, un livre qui affirme qu’il n’y a « aucun désaccord parmi les scientifiques » au sujet du changement climatique catastrophique – une affirmation contredite par une multitude de données concrètes.

De qualifier des dissidents qualifiés comme des personnes extérieures au « champ scientifique » n’a pas sa place dans un document pédagogique destiné aux juges. La science progresse en remettant en question les idées reçues par les données, et non en imposant les normes sociales.

Le Centre judiciaire fédéral a judicieusement retiré un chapitre sur les sciences du climat du manuel après que 28 procureurs généraux d’État ont documenté ses contradictions et ses affirmations non étayées. Pourtant, le chapitre intitulé « Comment fonctionne la science », rédigé en grande partie pour justifier ce chapitre désormais supprimé, demeure.

Avec plus de 1 000 affaires liées au climat en instance devant les tribunaux d’État et fédéraux, les juges méritent des directives fondées sur une rigueur empirique. Lindzen, Happer et Koonin ont raison. Le Centre devrait retirer sans délai le nouveau chapitre et rétablir la version précédente de Goodstein, qui restituait l’essence du raisonnement scientifique dans un langage accessible aux lecteurs ne possédant pas les connaissances scientifiques qui font souvent défaut aux juristes.

Ils devraient également enjoindre l’Académie nationale des sciences à retirer ses deux chapitres de sa version du Manuel. Préserver l’intégrité des directives judiciaires en matière scientifique n’est pas une question partisane.

Le juge Roberts et le Centre judiciaire fédéral ont l’occasion de réaffirmer leur engagement en faveur de la neutralité et de rétablir la confiance dans le Manuel. À une époque où la science est de plus en plus politisée, il est essentiel de maintenir des normes rigoureuses quant à ce qui constitue une preuve scientifique recevable devant les tribunaux. La crédibilité du système judiciaire américain exige cela.

Cet article a été initialement publié dans le Daily Caller le 27 avril 2026.

Angela Wheeler est directrice générale de la CO2 Coalition à Fairfax, en Virginie. Elle est diplômée avec mention de l’Université d’État d’Emporia, au Kansas, où elle a obtenu un diplôme en communication et suivi des cours complémentaires en biologie et en pre-médecine.

Traduction : Eric Vieira

SHARE THIS ARTICLE:

Subscribe to our newsletter

Climate Intelligence Clintel

more news

By |2026-05-02T09:32:40+02:00May 2, 2026|Comments Off on Lindzen, Happer et Koonin : il faut retirer le « cheval de Troie » du tribunal
Go to Top