Le scénario RCP8.5 a été abandonné : ce que cela signifie — et ne signifie pas
L’abandon du scénario RCP8.5 constitue un pas dans la bonne direction, mais l’équipe CERES craint qu’il ne s’agisse que d’un pas en avant. Le GIEC semble toujours déterminé à s’appuyer sur les modèles climatiques informatiques actuels pour ses projections climatiques. Même en utilisant un scénario d’émissions plus réaliste, basé sur le statu quo, leurs modèles continueront de simuler un réchauffement climatique d’origine humaine alarmant.
« Le Comité des Nations Unies sur le climat vient d’admettre que ses propres projections (RCP8.5) étaient FAUSSES ! FAUSSES ! FAUSSES ! » – Donald J. Trump, président des États-Unis, 16 mai 2026 – https://truthsocial.com/@realDonaldTrump/posts/116586488927495029
Les concepteurs des scénarios d’émissions de gaz à effet de serre pour le prochain rapport d’évaluation du GIEC (AR7) ont officiellement abandonné le RCP8.5 – la trajectoire à fortes émissions longtemps considérée comme un scénario de facto « statu quo » (Van Vuuren et al. 2026).
Au CERES, nous avons été parmi les premiers à critiquer l’utilisation du RCP8.5 dans la littérature scientifique (Connolly et al., 2020) et nous saluons cette décision. Cependant, si la description du RCP8.5 par le président Trump comme « FAUX ! FAUX ! FAUX ! » contient une part de vérité, la réalité est plus nuancée : moins spectaculaire, mais scientifiquement importante.
L’abandon du scénario RCP8.5 constitue un pas dans la bonne direction. Toutefois, le GIEC semble persister dans sa dépendance excessive aux projections de modèles informatiques extrêmement sensibles aux variations de concentration des gaz à effet de serre. Ainsi, même si leurs projections « tendancielles » seront probablement un peu moins alarmistes qu’auparavant, elles continueront malheureusement de produire un niveau d’inquiétude « statu quo » aussi élevé.
Dans cet essai, nous abordons ce qu’était réellement RCP8.5, pourquoi il était problématique dès le départ, et ce que ce changement signifie – et ne signifie pas.
Qu’est-ce que RCP8.5 exactement et pourquoi était-ce si important ?
D’après les modèles informatiques climatiques actuels, le principal facteur des changements climatiques passés et futurs est la concentration de « gaz à effet de serre » dans l’atmosphère.
La plupart de ces gaz à effet de serre sont d’origine naturelle. Cependant, de nombreuses activités humaines essentielles (consommation d’énergie, agriculture, etc.) sont également associées à des émissions de gaz à effet de serre. C’est pourquoi l’ONU et d’autres organismes – notamment les modélisateurs informatiques – insistent depuis des décennies sur le fait que les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine devraient être responsables du « réchauffement climatique anthropique » (RCA). [‘anthropique’ = un terme plus ‘scientifique’ pour dire ‘d’origine humaine’].
En effet, comme l’a souligné le Dr Roger Pielke Jr. dans un article fondamental de 2005 (RA Pielke 2005), l’ONU, par le biais de sa Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC), définit de facto, et ce depuis plus de 30 ans, lors de chacune de ses Conférences des Parties (COP) annuelles, tout « changement climatique » comme étant d’origine humaine. Ces COP sont les réunions annuelles des Nations Unies où des responsables politiques et des ONG du monde entier se rassemblent dans une ville choisie pour discuter des politiques relatives au changement climatique.
Ceci nous amène aux scénarios dits RCP – « Representative Concentration Pathways » (trajectoires de concentration représentatives, Meinshausen et al., 2011). Pour le 5e rapport d’évaluation du GIEC, les modélisateurs informatiques avaient le choix entre quatre projections différentes concernant les émissions (et les concentrations) de gaz à effet de serre au cours des siècles à venir. Chaque scénario était associé à une valeur numérique représentant le forçage radiatif supplémentaire théorique que les modèles d’effet de serre estimaient être induit par ces émissions supplémentaires de gaz à effet de serre d’ici la fin du XXIe siècle – exprimée en watts par mètre carré : 8,5, 6,0, 4,5 ou 2,6.
Dans la section 5.3 de Connolly et al. (2020), nous examinons la pertinence scientifique de ces calculs théoriques de « forçage radiatif » pour la compréhension du climat. Cependant, au sein de la communauté de la modélisation climatique, la valeur théorique finale de ce forçage est le principal facteur déterminant l’ampleur du réchauffement climatique. C’est pourquoi les différents scénarios ont été nommés en fonction de cette valeur : RCP8.5, RCP6.0, RCP4.5 et RCP2.6.
L’analyse détaillée des scénarios d’émissions a révélé que les scénarios RCP6.0, RCP4.5 et RCP2.6 impliquaient tous des interventions politiques majeures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre au cours du XXIe siècle. En revanche, le scénario RCP8.5 était le seul à ne pas prévoir d’interventions majeures.
C’est peut-être pour cette raison que les climatologues ont commencé à privilégier le scénario RCP8.5 comme scénario « statu quo ». De ce fait, des milliers d’articles décrivant des simulations des « changements climatiques qui surviendront si nous n’agissons pas de toute urgence » ont été publiés sur la base de ce scénario RCP8.5, c’est-à-dire justement celui qui a depuis été abandonné.
Pourquoi le RCP8.5 était-il irréaliste dès le départ et pourquoi a-t-il été officiellement abandonné ?
Lors de la rédaction de notre article en 2020, nous avions constaté que plusieurs auteurs avaient critiqué l’utilisation du scénario RCP8.5 comme scénario « statu quo » de référence. Ritchie et Dowlatabadi (2017b, 2017a) ont analysé en profondeur les aspects économiques de ce scénario et ont découvert que le RCP8.5 supposait une augmentation spectaculaire de la consommation de charbon au cours du siècle suivant – à tel point que le scénario prévoyait une consommation de charbon plus de cinq fois supérieure aux réserves connues!
Ils ont averti que c’était absurde – mais comme ils écrivaient dans des revues académiques, le langage exact qu’ils ont utilisé était beaucoup plus modéré :
« La prise en compte de ce biais indique que le scénario RCP8.5 et d’autres scénarios « statu quo » compatibles avec un forçage élevé en CO2 dû à une combustion massive future du charbon sont exceptionnellement improbables. » (Ritchie et Dowlatabadi 2017b).
Le professeur Ritchie a été rejoint dans sa critique par d’autres, dont le professeur Pielke Jr. (que nous avons vu précédemment), par exemple (RA Jr. Pielke et Ritchie 2021 ; Burgess et al. 2020).
Parallèlement, ce scénario a également été critiqué sous un angle totalement différent : Hausfather et Peters (2020) ont soutenu qu’il était irréaliste car, selon eux, les gouvernements étaient en transition vers des politiques de réduction des émissions. Ils ont donc insisté sur le fait que pour être qualifiés de « statu quo » il fallait prendre en compte les tendances récentes en matière de politiques publiques.
Finalement, la récente décision de retirer le RCP8.5 du prochain rapport semble s’être fondée principalement sur les arguments de Hausfather et Peter :
« Les niveaux d’émissions élevés du CMIP6 (quantifiés par SSP5-8.5) sont devenus improbables, compte tenu des tendances des coûts des énergies renouvelables, de l’émergence de politiques climatiques et des tendances récentes en matière d’émissions » – Van Vuuren et al. (2026)
Ils ont toutefois aussi cité les critiques de Ritchie et Dowlatabadi comme un facteur clé de leur décision.
Cependant, notre critique du RCP8.5 dans Connolly et al. (2020) portait sur un point de vue différent…
Quel était notre objectif dans Connolly et al. (2020) ?
À l’issue de la COP 2015 à Paris, un accord à influence majeur, l’Accord de Paris, a été signé. Toutes les nations signataires se sont engagées à
« …contenir l’augmentation de la température moyenne mondiale nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et poursuivre les efforts visant à limiter cette augmentation à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels » – Accord de Paris des Nations Unies (CCNUCC 2016)
L’analyse de cette déclaration complexe et de sa signification constituait l’objectif principal de notre article sur Connolly et al. (2020). En substance, ils semblaient affirmer que les gouvernements du monde entier devraient collectivement mettre en œuvre des changements politiques majeurs pour maintenir le réchauffement climatique « en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels ». Mais qu’entendait-on par çà ?
Quelles politiques devaient-ils mettre en œuvre ? Quel serait le niveau le réchauffement climatique prévisible sans ces politiques ? Que voulaient-ils dire par « niveaux préindustriels » ? Il y a eu de nombreuses périodes chaudes et froides au cours des millénaires ; laquelle considéraient-ils comme période « préindustrielle » ?
Nous avons réalisé que cet « accord » largement médiatisé ne signifiait rien si l’on n’avait pas de réponse à ces questions.
Ainsi, pour Connolly et al. (2020), nous avons décidé d’essayer de répondre à une question fondamentale à laquelle l’Accord de Paris devait répondre avant que cet accord puisse signifier autre chose que du blablas :
« Quel niveau de réchauffement climatique d’origine humaine peut-on attendre, si les politiques climatiques restent au « statu quo ? »
Si on ne connais pas la réponse à cette question, comment les décideurs politiques pourraient-ils déterminer ce qu’il faut faire pour atteindre leur « objectif » nébuleux ?
Lorsque nous avons essayé de répondre à cette question, nous avons réalisé que la réponse dépendait en fait de quatre sous-questions :
- Quelle quantité de gaz à effet de serre allons nous émettre si nous poursuivons les tendances actuelles ?
- Quelle proportion de ces émissions restera dans l’atmosphère ?
- Quelle part du réchauffement déjà observé est due à l’activité humaine ?
- Dans quelle mesure les gaz à effet de serre contribuent-ils au réchauffement climatique ?
Dans notre article – très long, mais méthodique et systématique – nous avons examiné chacune de ces questions, étape par étape. Pour chaque étape, nous avons passé en revue la littérature scientifique afin d’identifier les différentes perspectives, analysé les données disponibles et considéré les diverses hypothèses possibles. Nous avons ensuite établi une estimation aussi fiable que possible sur ce qu’on pouvait attendre si les tendances se poursuivaient « au statu quo », c’est-à-dire en nous basant sur les tendances actuelles.
Nous avions toutefois prévenu qu’il s’agissait d’un problème multidisciplinaire :
Chacune de ces questions fait l’objet de nombreux débats dans la littérature scientifique. Cependant, les publications pertinentes pour chaque sujet relèvent de disciplines académiques très différentes. La première question est généralement abordée par des économistes, des politologues, des chercheurs en gouvernance environnementale, etc. La deuxième question relève principalement du domaine des biologistes, des écologues, des géochimistes, des océanographes, etc. Les troisième et quatrième questions concernent toutes deux des problèmes de climatologie, mais même au sein de ces domaines, il existe des ensembles de publications distincts, provenant par exemple de groupes de recherche en modélisation informatique, de groupes évaluant les données climatiques, de statisticiens analysant les résultats dans une perspective de méta-analyse, etc.
[…] Toutefois, nous suggérons que, à moins que le débat scientifique sur ces quatre questions ne soit considéré simultanément, il est peu probable que des réponses vraiment satisfaisantes soient obtenues à la question générale : « À quel point le réchauffement climatique d’origine humaine devons-nous nous attendre si les politiques climatiques restent inchangées (scénario statu quo) ? » « statu quo = Business-As-Usual (BAU) » – Connolly et al. (2020), p3.
Q1. Quelle quantité de gaz à effet de serre allons-nous émettre si nous poursuivons les tendances actuelles ?
Comme nous l’avons vu précédemment, une grande partie du débat autour du scénario RCP8.5 s’est concentrée sur l’évolution future possible des politiques. Or, selon nous, cela contredit la définition même du « scénario statu quo ». Nous nous sommes donc demandé pourquoi ne pas définir les émissions « statu quo » comme si elles devaient se poursuivre sans changement de cap ?
Plutôt que de spéculer sur des « scénarios » potentiels compliqués, sur des « et si » et des « et sinon », nous nous sommes dit : pourquoi ne pas simplement examiner les tendances des émissions au cours des 50 à 70 dernières années et supposer que ces tendances se poursuivraient « comme d’habitude » ?
Que se passe-t-il lorsque l’on compare ce scénario d’émissions de référence (enveloppe grise avec ligne pointillée noire dans les graphiques ci-dessous) aux scénarios RCP ? Par souci de simplicité, on considère uniquement les émissions de CO2 (dans l’article, on prend également en compte les deux autres principaux gaz à effet de serre anthropiques, à savoir le CH4 et le N2O).
Dès que nous avons tracé le graphique ci-dessous, il est devenu évident que le scénario RCP8.5 n’a jamais correspondu au scénario « statu quo ». Remarquez comment le scénario RCP8.5 s’écarte rapidement au-dessus du scénario normal et y reste.
Pour nous, le scénario RCP8.5 ne correspondait clairement pas à un scénario « statu quo ». Il en allait de même pour tous les autres scénarios RCP proposés aux modélisateurs.
Curieusement, le tout premier rapport du GIEC avait déjà élaboré en 1990 (il y a 36 ans) le « scénario A », une projection de statu quo qui correspondait remarquablement bien à notre analyse empirique réalisée 30 ans plus tard dans notre article de 2020. Voir ci-dessous :
Pourquoi les modélisateurs du GIEC ne se sont-ils pas contentés du « scénario A », vieux de 36 ans, comme scénario de référence ? On l’ignore. Les plus cyniques pourraient suggérer qu’il ne donnait pas des résultats suffisamment alarmistes – peut-être les modélisateurs informatiques souhaitaient-ils « pimenter » leurs simulations avec un réchauffement supplémentaire ? Ou peut-être, tout simplement, que l’ancien scénario A paraissait dépassé ?
Mais, quelle qu’en soit la raison, le réchauffement supplémentaire introduit par les simulations RCP8.5 a eu un effet euphorisant sur les modélisateurs. On l’a systématiquement traité comme s’il s’agissait d’un scénario « statu quo ».
Pour le 6e rapport d’évaluation (AR6, 2021), les groupes de travail sur les scénarios ont cherché à mieux équilibrer les données et ont introduit des scénarios intermédiaires dans la version actualisée des scénarios « SSP/RCP », par exemple « SSP3-70 (Scénario de référence) » avec un forçage radiatif de 7,0 en 2100 au lieu de 8,5. Cependant, ils ont conservé le scénario à 8,5 comme second scénario de référence : « SSP5-85 (Scénario de référence) ». De ce fait, les scénarios à 8,5 ont continué de dominer les simulations de modélisation informatique du « statu quo ».
Cependant, alors que la plupart des discussions récentes concernant le scénario RCP8.5 se sont concentrées sur les émissions prévisibles en cas de statu quo, nous avons souligné dans notre article qu’il ne s’agissait que d’une première étape. La question suivante consiste à déterminer quelle proportion de ces émissions devrait rester dans l’atmosphère sous conditions statu quo…
Q2. Quelle proportion de ces émissions restera dans l’atmosphère ?
Des mesures directes quasi continues de la concentration moyenne de CO2 dans l’atmosphère sont effectuées à Mauna Loa, à Hawaï, depuis 1958. Ces mesures ont montré une augmentation à long terme, passant d’environ 0,031 % de l’atmosphère en 1958 à environ 0,043 % aujourd’hui.
Étant donné qu’il s’agit de pourcentages infimes, on exprime généralement les concentrations de CO2 en parties par million en volume (« ppmv » ou parfois « ppm »). Cependant, nous avons constaté que l’utilisation de pourcentages permettent aux gens de mieux comprendre ces chiffres. C’est pourquoi, dans le graphique ci-dessous, les valeurs en ppmv sont indiquées à gauche et leurs équivalents en pourcentage à droite.
Plusieurs tentatives ont été menées pour estimer l’évolution du CO₂ atmosphérique au cours des années précédant les relevés de Mauna Loa. Le GIEC et de nombreux autres organismes s’appuient sur les estimations issues des carottes de glace antarctiques. Celles-ci indiquent que, durant les derniers millénaires, la concentration de CO₂ n’a varié que très légèrement – entre 0,027 et 0,029 % – comme le montre la bande grise sur la figure ci-dessus.
Le fait que les émissions de CO2 d’origine humaine augmentent, tout comme les concentrations de CO2, a convaincu beaucoup de gens qu’il suffit de se concentrer sur les émissions. Cependant, lorsqu’on convertit les émissions annuelles d’origine humaine (« anthropiques ») en augmentation attendue des concentrations de CO2, un problème se pose.
Comme on peut le constater sur le graphique ci-dessous, la variation réelle des concentrations de CO2 (« variation observée » en vert) est beaucoup plus fluctuante et bien inférieure aux émissions d’origine humaine (« émissions anthropiques » en rouge) !
Dans la littérature scientifique, la fraction du CO2 émis qui reste dans l’atmosphère est appelée « fraction aéroportée ». Elle correspond simplement à la courbe verte divisée par la courbe rouge. Elle est représentée graphiquement ci-dessous :
On constate qu’en moyenne, seulement 44 % environ (soit une fraction atmosphérique de 0,44) du CO₂ émis reste dans l’atmosphère. Or, la théorie de l’effet de serre repose sur les concentrations atmosphériques, et non sur les émissions. Par conséquent, pour prévoir l’ampleur du réchauffement climatique d’origine humaine dans un scénario de statu quo, il est nécessaire de convertir les émissions prévues en concentrations attendues. Il faut donc également estimer l’évolution de la fraction atmosphérique.
Pour notre analyse, nous avons décidé que l’hypothèse la plus logique était de supposer que, dans des conditions « normales », la fraction aéroportée continuerait également à évoluer « normalement », comme c’est le cas depuis le début des mesures en 1958. Cependant, lorsque nous avons analysé les scénarios RCP, nous avons constaté que ces scénarios ne reposent PAS sur cette hypothèse – voir graphique ci-dessous.
Bien que tous les scénarios RCP commencent avec une fraction aéroportée similaire à la moyenne historique, plusieurs d’entre eux montrent des changements majeurs dans la fraction aéroportée au cours du 21e siècle qui ne sont pas « statu quo », c’est-à-dire qu’ils s’écartent de l’enveloppe grise ci-dessus.
Il est important de noter que le scénario RCP8.5 intégrait une augmentation à long terme de la fraction atmosphérique tout au long du siècle. Cela signifie qu’en plus de prévoir des émissions bien supérieures à celles attendues dans un scénario « status quo », ce scénario anticipe également une augmentation des concentrations encore plus importante que prévu. Même le scénario RCP6.0 prévoyait une augmentation de la fraction atmosphérique.
Finalement, nous avons constaté que nos projections semi-empiriques simples « statu quo » concernant les concentrations futures étaient bien inférieures au scénario RCP8.5 – et sans doute bien plus proches du scénario RCP6.0 – voir ci-dessous.
Donc, bien sûr, le scénario RCP8.5 n’aurait JAMAIS dû être considéré comme « statu quo ». Et c’est une bonne chose qu’ils l’aient enfin abandonné dans leurs nouveaux scénarios.
Cependant, dans notre article, nous sommes allés plus loin. L’Accord de Paris était censé viser précisément à limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C. Or, les scénarios RCP nous indiquent seulement les émissions et les concentrations à prévoir selon différents scénarios. Ils ne nous renseignent pas sur les variations de température mondiale à anticiper. Ce qui nous a amenés à notre question suivante…
Q3. Quelle part du réchauffement déjà observé est due à l’activité humaine ?
L’Accord de Paris stipule que les nations s’engagent à maintenir le réchauffement climatique « nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels ». Mais que signifie « niveaux préindustriels » ?
Comme l’a démontré Pielke Jr. (2005), la définition du « changement climatique » dans la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique ignore explicitement toute variation naturelle du climat. Or, les études paléoclimatiques, s’appuyant sur les cernes des arbres, les sédiments lacustres et d’autres indicateurs de température, ont montré que la Terre a connu différentes périodes de réchauffement et de refroidissement globaux au cours des mille dernières années et même auparavant – bien avant la révolution industrielle. Dès lors, définir les « niveaux préindustriels » est très subjectif : faut-il, par exemple, retenir la fin du Petit Âge glaciaire au XIXe siècle ou l’Optimum climatique médiéval, à l’époque des Vikings ?
Les reconstitutions de température à partir d’indicateurs font l’objet d’un débat scientifique important et permanent. Cependant, nous avons démontré qu’importe, si on opte pour la courbe en forme de crosse de hockey ou pour une reconstitution montrant un Optimum climatique médiéval, l’idée d’une température globale unique et constante pour les niveaux préindustriels est absurde – voir ci-dessous :
En substance, l’obsession de l’ONU de définir tout changement climatique comme étant d’origine humaine était par définition non scientifique. Si nous voulons obtenir une réponse scientifique à notre question, nous devons envisager la possibilité qu’une partie, voire la totalité, du réchauffement climatique observé depuis la fin du Petit Âge glaciaire n’ait aucun lien avec les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine.
L’Accord de Paris a omis de prendre en compte ce point. De ce fait, il s’est avéré totalement inopérant, puisqu’ils ont « oublié » de tenir compte des variations naturelles de la température mondiale. L’Accord de Paris était censé permettre aux décideurs politiques de mettre en œuvre des politiques susceptibles de réduire le réchauffement climatique d’origine humaine. Or, par définition, l’être humain ne peut influencer le rythme du réchauffement ou du refroidissement climatique naturel. Ainsi, la formulation maladroite de l’Accord a eu pour conséquence que le succès ou l’échec de toute politique envisagée pouvait être entièrement anéanti par les forces de la nature !
Dans notre article, nous avons proposé une solution simple. Nous partons du principe que le texte de l’Accord de Paris visait à désigner le réchauffement climatique d’origine humaine « nettement inférieur à 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels ». Nous pouvons alors nous concentrer uniquement sur le réchauffement climatique dû à l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, résultant des émissions humaines.
Cela nous donne une mesure relativement objective pour définir les « niveaux préindustriels » : au lieu de nous préoccuper des températures mondiales préindustrielles, nous pouvons examiner les niveaux préindustriels de concentrations de gaz à effet de serre.
Comme nous l’avons vu précédemment, les estimations des niveaux préindustriels de CO₂ à partir des carottes de glace de l’Antarctique sont très précises ; par exemple, la concentration de CO₂ se situait entre 0,027 et 0,029 %. Cela dit, comme nous l’avons évoqué dans notre article, les autres estimations publiées (carottes de glace du Groenland, taille des stomates sur les feuilles de plantes fossilisées et la compilation de mesures individuelles effectuées par les scientifiques depuis la fin du XIXe siècle) suggèrent toutes une variabilité naturelle beaucoup plus importante des concentrations de CO₂. Nous avons donc proposé d’aborder ces résultats scientifiques, étonnamment différents, avec plus d’ouverture d’esprit.
Toutefois, pour notre analyse, nous avons explicitement supposé que les estimations privilégiées par le GIEC, c’est-à-dire celles issues des carottes de glace antarctiques, sont exactes. Par conséquent, l’ampleur du réchauffement climatique d’origine humaine auquel nous pouvons nous attendre au statu quo dépend de l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre au-delà de ces estimations issues des carottes de glace antarctiques.
Mais il nous restait encore une question à laquelle il fallait répondre…
Q4. Dans quelle mesure les gaz à effet de serre contribuent-ils au réchauffement de la planète ?
La dernière question, mais peut-être la plus importante et la plus controversée : à quel réchauffement climatique faut-il s’attendre pour une augmentation donnée des gaz à effet de serre ? On aborde généralement cette question en termes de « sensibilité climatique », c’est-à-dire : à quel réchauffement climatique faut-il s’attendre pour un doublement de concentration du dioxyde de carbone ?
Comme nous le verrons, bien que cela semble être une propriété assez élémentaire que nous devrions connaître avant de commencer à débattre de questions telles que celle de savoir si nous devrions essayer de « limiter le réchauffement climatique » à 1,5 °C ou 2 °C, à ce jour, les scientifiques divergent énormément sur la valeur qu’ils attribuent à cette « sensibilité climatique » au CO2.
Les débats ont commencé entre les différents modélisateurs informatiques. À la fin des années 1970, ces derniers tentaient de modéliser les effets de l’augmentation du dioxyde de carbone en effectuant une simulation avec les concentrations actuelles, puis une autre simulation identique, à l’exception d’une concentration deux fois plus élevée.
Ils comparaient ensuite les températures moyennes mondiales issues des deux simulations. Le réchauffement supplémentaire observé dans le modèle à température doublée fut appelé « sensibilité climatique à l’équilibre » (SCE), mais chaque modèle informatique donnait une valeur différente. Les différences étaient considérables. Le rapport Charney de 1979, qui fit jurisprudence, concluait que la SCE pouvait prendre n’importe quelle valeur comprise entre 1,5 °C et 4,5 °C.
C’est une fourchette assez large ! La valeur la plus élevée prédit un réchauffement climatique trois fois supérieur à la valeur la plus basse.
Mais vous vous dites sans doute : « C’était en 1979 ; les ordinateurs étaient très rudimentaires et la climatologie encore un domaine relativement jeune ; ils ont probablement affiné leurs estimations depuis… ». Alors, que disait le 5e rapport d’évaluation du GIEC (2013) ? Il concluait que… la sensibilité climatique à l’équilibre (ECS) était « vraisemblablement » comprise entre 1,5 °C et 4,5 °C ! Exactement la même fourchette qu’en 1979. Et il s’agissait d’une fourchette « vraisemblable ». Le GIEC reconnaissait que la valeur réelle pourrait être potentiellement supérieure ou inférieure.
Knutti et al. (2017) ont résumé le problème à l’aide du graphique suivant, qui présente l’éventail des estimations de l’ECS publiées dans la littérature scientifique :
Diverses estimations de la sensibilité climatique à l’équilibre (ECS). Adapté de la figure 2 de Knutti et al. (2017).
Examinez vous-même le graphique : quelle valeur (le cas échéant) est correcte ? Si vous souhaitez approfondir le sujet, vous pouvez également consulter les références associées à chaque estimation pour comprendre comment elles ont été calculées.
Des débats similaires sont en cours depuis les années 1980 au sujet d’une mesure alternative de la sensibilité climatique appelée « réponse climatique transitoire » (TCR).
Vous pouvez sans doute constater que si les scientifiques sont encore en profond désaccord sur la « sensibilité » des températures mondiales à un doublement du CO2, alors le calcul de « l’ampleur du réchauffement climatique d’origine humaine » à laquelle nous devons nous attendre avec le statu quo reste encore très incertain.
Ainsi, pour notre analyse finale, plutôt que de chercher à déterminer la véritable valeur de la sensibilité climatique à l’équilibre ECS (ou le TCR), nous avons considéré un éventail de valeurs possibles. Pour chaque valeur, nous avons calculé l’ampleur du réchauffement climatique d’origine humaine auquel nous devrions nous attendre d’ici à 2100, sous conditions statu quo.
Vous trouverez ci-dessous les résultats pour les valeurs ECS – consultez l’article pour les projections équivalentes pour le TCR.
Un résultat frappant est que si la sensibilité climatique à l’équilibre (ECS) dépasse 4 °C, l’Accord de Paris visant à limiter le réchauffement climatique d’origine humaine à moins de 2 °C serait rompu d’ici 35 à 45 ans si nous poursuivons nos activités actuelles. En revanche, si l’ECS est inférieure à 2 °C, l’Accord de Paris serait respecté tout au long du XXIe siècle, même en maintenant le statu quo. Or, les rapports du GIEC indiquent que la fourchette de valeurs potentielles « probables » pour l’ECS est encore plus large, allant de 1,5 à 4,5 °C. Nous avons obtenu des résultats similaires pour le coefficient de température de la chaleur (TCR).
Ceci nous a conduits à notre conclusion finale :
« Par conséquent, les estimations actuelles du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) concernant la fourchette « vraisemblable » du TCR (de 1,0 à 2,5 °C) et de l’ECS (de 1,5 à 4,5 °C) n’ont pas encore permis d’établir si le réchauffement climatique d’origine humaine constitue un problème du XXIe siècle. »
Pourquoi l’abandon du scénario RCP8.5 est-il une étape importante, mais pas la fin des paniques de l’ONU face au changement climatique ?
Alors, finalement, quelle est la signification de l’abandon du scénario RCP8.5 dans les scénarios du GIEC ?
Il s’agit d’un pas dans la bonne direction, malgré les affirmations de Van Vuuren et al. (2026) selon lesquelles ils ont abandonné le scénario RCP8.5 car il « est devenu invraisemblable », comme notre analyse l’a démontré en 2020 – et comme d’autres l’ont montré (Ritchie et Dowlatabadi 2017b, 2017a ; Burgess et al. 2020 ; RA Jr. Pielke et Ritchie 2021) – le scénario RCP8.5 n’a jamais été plausible dans le cadre d’un scénario de statu quo. Pourtant, étant le seul scénario RCP qui n’incluait pas explicitement de politiques majeures « d’atténuation du changement climatique » pour le XXIe siècle, il est devenu de facto le scénario utilisé par les groupes de modélisation informatique pour simuler les changements climatiques dans le cadre d’un scénario de statu quo.
Malheureusement, nous craignons que ce ne soit qu’un petit pas dans la bonne direction. Le GIEC semble toujours s’appuyer sur les modèles informatiques climatiques actuels pour ses projections sur le changement climatique. Or, comme nous l’expliquons dans notre article, la plupart des estimations les plus élevées de la sensibilité climatique proviennent de ces modèles. Par conséquent, même en utilisant un scénario d’émissions plus réaliste, basé sur le statu quo, leurs modèles continueront de simuler un réchauffement climatique d’origine humaine alarmant.
Néanmoins, c’est au moins un pas dans la bonne direction.
Cet article a été publié pour la première fois sur le site web du CERES le 25 mai 2026.
Références
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- Charney, Jule. 1979. Carbon Dioxide and Climate: A Scientific Assessment 1979. National Research Council. https://doi.org/10.17226/12181.
- Connolly, Ronan, Michael Connolly, Robert M. Carter, and Willie Soon. 2020. “How Much Human-Caused Global Warming Should We Expect with Business-As-Usual (BAU) Climate Policies? A Semi-Empirical Assessment.” Energies13 (6): 1365. https://doi.org/10.3390/en13061365.
- Hausfather, Zeke, and Glen P. Peters. 2020. “Emissions – the ‘Business as Usual’ Story Is Misleading.” Nature577 (7792): 7792. https://doi.org/10.1038/d41586-020-00177-3.
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- Report of the Conference of the Parties on Its Twenty-First Session, Held in Paris from 30 November to 13 December 2015. Addendum. Part Two: Action Taken by the Conference of the Parties at Its Twenty-First Session. | UNFCCC (2016). https://unfccc.int/documents/9097.
- Ritchie, Justin, and Hadi Dowlatabadi. 2017a. “The 1000 GtC Coal Question: Are Cases of Vastly Expanded Future Coal Combustion Still Plausible?” Energy Economics65 (June): 16–31. https://doi.org/10.1016/j.eneco.2017.04.015.
- Ritchie, Justin, and Hadi Dowlatabadi. 2017b. “Why Do Climate Change Scenarios Return to Coal?” Energy140 (December): 1276–91. https://doi.org/10.1016/j.energy.2017.08.083.
- Van Vuuren, Detlef P., Brian C. O’Neill, Claudia Tebaldi, et al. 2026. “The Scenario Model Intercomparison Project for CMIP7 (ScenarioMIP-CMIP7).” Geoscientific Model Development19 (7): 2627–56. https://doi.org/10.5194/gmd-19-2627-2026.
Pour en savoir plus
- Hausfather, Peters & Foster. Substack, May 18, 2026. https://www.theclimatebrink.com/p/on-the-death-of-rcp85. Ils s’accordent à dire que le scénario RCP8.5 aurait dû être abandonné, mais contestent l’affirmation de Trump selon laquelle il était « erroné ». Ils font valoir que le scénario RCP8.5 a été abandonné parce que la société a revu à la baisse ses trajectoires d’émissions grâce à des politiques écologiques.
- Pielke Jr. Substack, May 18, 2026. https://rogerpielkejr.substack.com/p/no-rcp85-did-not-become-implausible. Pielke soutient que le scénario RCP8.5 n’a jamais été plausible dès le départ et qu’il n’a rien à voir avec les politiques récentes.
- Connolly, Connolly & Soon. Apr 15, 2021. https://www.ceres-science.com/post/how-much-global-warming-should-we-expect-under-business-as-usual-policies. Un résumé de notre article de Connolly et al. (2020).
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