Roger Pielke Jr. : « N’acceptez pas si facilement l’étiquette de climatosceptique. »
Dans la première de ses deux récentes conférences pour Clintel, Roger Pielke Jr. a analysé le débat politisé sur le changement climatique. Son argument principal était que le changement climatique est une réalité et mérite une attention sérieuse, mais que le débat public dépasse souvent largement les conclusions étayées par les preuves scientifiques. Il a également décrit comment il a été la cible d’attaques politiques, y compris de la part de la Maison-Blanche d’Obama.
Le chercheur Roger Pielke Jr. a entamé sa première conférence le 11 octobre en soulignant que l’existence du changement climatique d’origine humaine n’est pas la question centrale. Les questions les plus importantes concernent l’ampleur des risques futurs, la fiabilité des projections et les politiques que les gouvernements devraient mettre en œuvre.
Vous pouvez consulter l’intégralité de sa présentation ci-dessous :
La carrière de Pielke a connu un tournant décisif après qu’il a remis en question les affirmations liant les phénomènes météorologiques extrêmes au réchauffement climatique. Ses recherches portaient sur la question de savoir si l’augmentation des pertes économiques dues aux ouragans, aux inondations et autres catastrophes pouvait être attribuée au changement climatique. Ses conclusions concordaient avec celles du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui indiquait dans son rapport de 2012 que les tendances à long terme des pertes liées aux catastrophes, corrigées en fonction de la population et du niveau de richesse, n’étaient pas imputables au changement climatique, même si une contribution de ce dernier ne pouvait être exclue.
Pourtant, Pielke se retrouva soudainement qualifié de climatosceptique. Cette étiquette était d’autant plus choquante que ses travaux avaient été évalués par des pairs et n’avaient pas été invalidés par des preuves ultérieures. La controverse illustrait un problème plus vaste : les désaccords scientifiques sur des affirmations particulières étaient de plus en plus perçus comme une preuve d’hostilité envers la climatologie elle-même.
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La Maison Blanche se retourne contre lui
Pielke a décrit comment cette hostilité s’est intensifiée après son témoignage devant la commission sénatoriale américaine de l’environnement et des travaux publics en 2013. La commission l’avait invité à résumer le rapport exhaustif du GIEC sur les phénomènes météorologiques extrêmes. Il n’a disposé que de cinq minutes, mais son témoignage a généré environ 400 000 vues sur YouTube en une semaine.
Quelques mois plus tard, John Holdren, conseiller scientifique du président Barack Obama, témoigna devant le Sénat au sujet des phénomènes météorologiques extrêmes. Selon Pielke, Holdren avança des affirmations qui contredisaient les conclusions du GIEC présentées par Pielke. Un sénateur interpella Holdren, soulignant que Pielke avait précédemment donné au comité une version différente de l’évaluation scientifique. Pielke affirma que, face à cette situation embarrassante, Holdren avait fait publier sur le site web de la Maison Blanche un document de six pages le concernant.
Selon Pielke, il s’agissait d’une intervention extraordinaire de l’administration présidentielle contre un universitaire. L’autorité institutionnelle de la Maison-Blanche a conféré à cet épisode des conséquences bien plus importantes qu’un simple désaccord scientifique. Pielke a déclaré que sa vie professionnelle a basculé à partir de ce moment.
La pression s’étendit rapidement jusqu’au Congrès. Le représentant Raul Grijalva, alors membre démocrate influent du Congrès, adressa des lettres à plusieurs universités afin d’obtenir des enquêtes sur les chercheurs dont les travaux remettaient en question les affirmations relatives au changement climatique. Pielke figurait parmi les personnes visées, aux côtés de scientifiques tels que Judith Curry et John Christy.
La lettre adressée au président de l’université de Pielke contenait une allégation particulièrement grave : « Nous pensons que Roger Pielke reçoit secrètement de l’argent d’ExxonMobil. » Elle demandait une enquête sur ses financements, l’accès à ses courriels et aux brouillons de son témoignage devant le Sénat.
Pielke a décrit son expérience de l’enquête du Congrès comme profondément désagréable. Les allégations ont également nui à sa réputation auprès de ses collègues. Certains hésitaient à le fréquenter, même s’ils le croyaient sincère, car une importante couverture médiatique avait associé son nom à des accusations de financement secret des énergies fossiles. Il a plaisanté en disant qu’il pouvait désormais en rire, mais a insisté sur le fait que la situation était loin d’être drôle à l’époque.
Il reprochait surtout à ses détracteurs d’avoir cherché à le discréditer plutôt que d’examiner ses preuves. Au lieu de lui demander de consulter ses données, son code ou son analyse, ils ont mis en doute ses motivations et son intégrité financière. Cette approche a nui au débat scientifique ouvert et a porté préjudice à sa carrière.
Pielke a soutenu que cet épisode reflétait une tendance plus générale en matière de politique climatique : les chercheurs qui remettaient en question les discours dominants pouvaient être considérés comme politiquement suspects, indépendamment du fait que leurs conclusions soient conformes ou non à la littérature scientifique. L’étiquette de « négationniste » n’était pas qu’une simple insulte ; cela rendait encore plus difficile pour un scientifique de se faire entendre.
Que disent les preuves concernant les extrêmes météorologiques ?
Pielke est ensuite revenu à la question scientifique au cœur de la controverse. Il a souligné que les différents types d’extrêmes météorologiques doivent être étudiés séparément. L’augmentation de la fréquence ou de l’intensité des vagues de chaleur n’implique pas automatiquement une tendance similaire pour les inondations, les ouragans, les sécheresses, les tornades ou autres phénomènes.
Le GIEC a constaté que l’activité humaine a contribué à l’augmentation des vagues de chaleur dans de nombreuses régions et à l’intensification des précipitations dans certaines zones. Cependant, les données ne sont pas uniformes pour toutes les catégories d’extrêmes météorologiques. Pielke a fait valoir que les déclarations publiques suggérant que la quasi-totalité des inondations, ouragans ou sécheresses majeurs deviennent plus fréquents ou plus graves en raison du changement climatique vont souvent à l’encontre des données d’évaluation publiées.
Il a également établi une distinction entre extrêmes météorologiques et catastrophes. Les conséquences humaines et économiques d’un événement météorologique dépendent non seulement des conditions météorologiques, mais aussi de la croissance démographique, du développement, des infrastructures, de la préparation et des systèmes d’alerte. L’augmentation des pertes liées aux catastrophes ne peut être automatiquement interprétée comme la preuve que les phénomènes météorologiques eux-mêmes sont devenus plus extrêmes.
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L’attribution des extrêmes météorologiques est ridicule
Pielke a réservé ses critiques les plus acerbes à l’attribution des extrêmes météorologiques (AEM). Ces études tentent d’estimer comment le changement climatique d’origine humaine a modifié la probabilité ou l’intensité d’un événement particulier. Leurs conclusions font souvent la une des médias peu après une vague de chaleur, une inondation ou une autre catastrophe, mais la méthode employée est absurde.
Pielke a soutenu que certaines méthodes d’analyse (AEM) sont structurées de telle sorte que leurs conclusions paraissent plus définitives que ne le justifient les preuves. Leur complexité peut également rendre difficile pour les journalistes et le public d’évaluer les hypothèses sous-jacentes. Comme il l’a formulé : « Elle présuppose sa conclusion. »
Pour illustrer son propos, Pielke a appliqué le même raisonnement que celui utilisé dans les études d’attribution à des exemples sans lien avec le changement climatique. L’un d’eux concernait les coups de circuit en Ligue majeure de baseball. Le nombre de coups de circuit a atteint un record en 2019. En appliquant cette approche d’attribution, a-t-il soutenu, on pourrait aboutir à un titre affirmant que sans le changement climatique, les joueurs n’auraient jamais réussi autant de coups de circuit. Cet exemple visait à montrer comment une tendance observée peut être transformée en une affirmation causale lorsque la méthode intègre la relation qu’elle est censée tester.
Il a donné un second exemple concernant les demandes de brevets. En appliquant la même approche à l’augmentation mondiale du nombre de demandes de brevets, il a affirmé pouvoir établir un lien de causalité entre cette hausse et les inondations au Japon. L’idée n’était pas que les brevets influencent les précipitations, mais qu’une méthode peut aboutir à une attribution apparemment pertinente entre des tendances sans rapport si ses hypothèses et ses procédures statistiques ne sont pas suffisamment examinées.
Pielke a déclaré avoir publié ces exemples et invité les auteurs d’études d’attribution à expliquer les erreurs de son analyse. Il a indiqué avoir reçu peu de réactions publiques, même si certains climatologues l’ont remercié en privé d’avoir soulevé la question. Il a interprété cette réticence à s’exprimer ouvertement comme un symptôme supplémentaire de la sensibilité politique entourant le sujet.
Sa critique ne portait pas sur l’absence d’influence du changement climatique sur les extrêmes météorologiques. Il soutenait plutôt que l’attribution d’événements individuels est sujette à interprétation et que les gros titres véhiculent souvent une certitude supérieure à celle que justifient les études sous-jacentes. « Les extrêmes météorologiques sont devenus un enjeu politique », a-t-il averti, tout en insistant sur le fait qu’une recherche scientifique rigoureuse demeure possible.
Un plaidoyer pour les preuves plutôt que des étiquettes
Pielke a conclu que les évaluations scientifiques telles que celles produites par le GIEC demeurent essentielles. Il a encouragé les chercheurs et les organisations à examiner attentivement les données probantes plutôt que d’adopter une position préconçue, soit en tant que climatosceptiques, soit en tant que défenseurs du climat.
Sa position, telle que présentée lors de sa conférence, était que la littérature scientifique dominante devait être prise au sérieux, y compris ses limites et ses incertitudes. Elle reconnaît le réchauffement climatique d’origine humaine tout en montrant que les tendances diffèrent sensiblement selon les types d’extrêmes météorologiques. Les discours politiques et médiatiques qui gomment ces distinctions risquent d’induire le public en erreur.
L’expérience d’une enquête et d’accusations de corruption liées à des financements occultes d’ExxonMobil avait convaincu Pielke que le débat climatique était devenu dangereusement intolérant à la dissidence. Il soutenait que les scientifiques devaient être jugés sur leurs méthodes et leurs preuves, et non sur des suppositions concernant leurs allégeances politiques ou leurs motivations financières.
Son message final était donc à la fois scientifique et institutionnel : une meilleure politique exige des évaluations précises des risques, et des évaluations précises exigent la liberté de remettre en question les affirmations sans être personnellement discrédité.
Pielke a également exhorté l’auditoire à ne pas accepter trop facilement l’étiquette de « climatosceptique », arguant que nombre de leurs points de vue sont bien plus proches des conclusions scientifiques officielles qu’ils ne le pensent. « Si vous vous basez sur des preuves solides, vous vous basez sur des preuves solides. »
Traduction : Eric Vieira
Jetez un œil aux diapositives de cette conférence : Ce que la climatologie dit réellement sur les extrêmes météorologiques.
Cet article porte sur la première conférence de Pielke pour Clintel, qui aura lieu le 11 octobre 2026. La seconde conférence sera également publiée prochainement.
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