La superficie brûlée mondiale est inférieure de 18 % à la moyenne

La superficie brûlée dans le monde a été inférieure de 18 % à la moyenne la saison dernière et diminue depuis vingt ans. Pourquoi cette information n’est-elle mentionnée qu’en une seule phrase dans le rapport annuel sur l’état des feux de forêt ? s’interroge Charles Rotter.

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Global burned area – wildfire burning through vegetation, illustrating global wildfire trends and satellite research.

Source : Shutterstock

Charles Rotter
Date : 19 octobre 2026

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Le troisième rapport annuel sur l’état des feux de forêt a été publié en août sous forme de prépublication commentée dans Earth System Science Data. Il couvre la saison des feux de mars 2025 à février 2026. Selon les estimations du rapport, la superficie brûlée à l’échelle mondiale était inférieure de 18 % à la moyenne de 2002 à 2024, et les émissions de carbone liées aux incendies étaient inférieures de 20 à 31 % à la moyenne.

Cela tient en une phrase. Le reste du résumé est organisé région par région :

Dans les forêts du Bouclier canadien du centre-ouest, épicentre de la saison anormale des feux de forêt au Canada, les changements climatiques d’origine anthropique ont doublé la probabilité de conditions météorologiques extrêmes propices aux incendies dans cette région et ont multiplié par 61 la probabilité des zones de risque d’incendie (ZRI) observées en juillet-août 2025, tandis que l’étendue des ZRI dans la région est 46 fois plus importante. De nombreuses régions d’Europe ont également connu des ZRI et des émissions de carbone liées aux incendies record ou élevées, notamment en Espagne, au Portugal et au Royaume-Uni, et des biens matériels d’une valeur record de 4,11 milliards de dollars américains ont été exposés aux incendies sur le continent. Des décès directs ont été recensés en Turquie (17), en Espagne (8), au Portugal (6), à Chypre (2), en Grèce (1) et en France (1), et plus de 110 000 personnes ont été évacuées en Turquie, en Espagne et en Grèce. Dans le nord-ouest de la péninsule Ibérique, les changements climatiques ont multiplié par trois la probabilité de conditions météorologiques extrêmes propices aux incendies en août 2025. Dans un scénario de fortes émissions (SSP3-7.0), les incendies de même période de retour devraient ravager environ 78 % de superficie supplémentaire d’ici la fin du siècle, certaines projections, au sein de ce même scénario, suggérant une multiplication par sept. Au Chili et dans le nord-ouest de l’Argentine, les incendies de janvier-février 2026 ont fait 23 victimes, déplacé 55 000 personnes et menacé un site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Dans les forêts tempérées et le matorral chiliens, épicentre de ces incendies, la superficie brûlée a augmenté d’environ 36 % en raison du changement climatique d’origine anthropique.

https://essd.copernicus.org/preprints/essd-2026-587

Chaque année, le projet sélectionne ses événements phares en fonction de l’ampleur des surfaces brûlées, des émissions et des impacts. Ainsi, les incendies régionaux les plus dévastateurs font l’objet d’une analyse d’attribution, tandis que le total mondial, en baisse, fait l’objet d’une simple mention.

Hazard ?

Une année en dessous de la moyenne pourrait être due au hasard. Je me suis donc tourné vers les données satellitaires. Le produit MODIS de la NASA sur les zones brûlées (MCD64A1) cartographie les cicatrices de brûlures relevées par les satellites Terra et Aqua chaque mois, avec une résolution de 500 mètres. Le groupe de recherche sur les incendies de l’université du Maryland, qui le produit, diffuse également une version à la résolution d’un quart de degré pour les études climatiques (MCD64CMQ), où la superficie brûlée est déjà cumulée dans chaque cellule de la grille. J’ai additionné les données de chaque mois de janvier 2001 à décembre 2023, la dernière année complète disponible dans les fichiers.

Global burned area from 2001 to 2023, based on NASA MODIS satellite data, showing a long-term decline.

Superficie mondiale brûlée chaque année, de 2001 à 2023. NASA MODIS MCD64CMQ.

Entre 2003 et 2007, la superficie brûlée moyenne s’est élevée à 450 millions d’hectares. Entre 2019 et 2023, cette moyenne était de 353 millions d’hectares. La tendance observée depuis 2003, année où les deux satellites étaient en vol, indique une diminution d’environ 1,5 % par an, ce qui est loin d’être négligeable : la probabilité qu’une telle tendance se produise par hasard est inférieure à une sur dix mille. L’année 2023, qui a connu une saison des feux record au Canada, se classe au 14e rang mondial sur 23. L’année la moins touchée est 2022.

Rien de tout cela n’est une découverte. En 2017, Niels Andela et ses collègues, utilisant les mêmes données MODIS et la base de données GFED4s, ont rapporté dans la revue Science que « la superficie brûlée à l’échelle mondiale a diminué de 24,3 ± 8,8 % au cours des 18 dernières années ». Ils ont attribué cette diminution principalement à l’agriculture, qui s’est étendue aux savanes et aux prairies autrefois sujettes aux incendies. Ils ont également constaté que les modèles d’incendies ne parvenaient pas à reproduire l’ampleur ni la tendance de cette diminution et ont suggéré que ces modèles pourraient surestimer les émissions liées aux incendies dans les projections futures. À l’époque, les données MODIS seules leur donnaient une estimation de -1,15 % par an pour la période 2003-2015, un résultat significatif uniquement au seuil de 90 %. Huit années de données supplémentaires ont permis de corriger cette estimation.

À 500 mètres de résolution, MODIS ne détecte pas de nombreux petits feux. C’est pourquoi, en 2023, l’équipe du GFED a reconstitué les données. Chen et al. ont corrigé les données MCD64A1 à l’aide d’images Landsat et Sentinel-2, qui détectent les petits feux que MODIS ne repère pas. Leurs résultats ont ainsi surestimé le nombre de feux de 93 %. La tendance à la baisse s’est donc maintenue.

Extrait du résumé :

La superficie brûlée annuelle mondiale entre 2001 et 2020 est estimée à 774 ± 63 millions d’hectares par an, soit 5,9 ± 0,5 % des terres émergées. Cette superficie a diminué de 1,21 ± 0,66 % par an, soit une baisse cumulée de 24,2 ± 13,2 % sur 20 ans. … Cette réduction globale est principalement due à une diminution des incendies de savane, de prairies et de terres cultivées. … Les feux de forêt, de tourbières et de déforestation n’ont pas montré de tendances significatives à long terme.

https://doi.org/10.5194/essd-15-5227-2023

Ainsi, les données satellitaires brutes, l’article de Science et la base de données corrigée convergent tous vers la même conclusion : environ un quart de terres en moins brûlent chaque année par rapport au début du siècle.

On répond généralement que le déclin concerne uniquement les savanes africaines et qu’il n’est donc pas pris en compte. L’Afrique représente la majeure partie de ce déclin. Mais si je divise les chiffres à l’aide d’un rectangle approximatif autour du continent, le reste du monde connaît un déclin à peu près équivalent.

Global burned area trends in Africa and the rest of the world from 2001 to 2023, based on NASA MODIS data.

Zone brûlée dans un rectangle autour de l’Afrique et partout ailleurs, 2001 à 2023. NASA MODIS MCD64CMQ.

Le graphique de droite est plus irrégulier et la tendance y est statistiquement moins marquée, mais elle est à la baisse. Au nord du 50e parallèle nord, où se trouvent les forêts boréales, la série fluctue sans tendance significative. L’année record reste 2003.

Réponse

Le domaine de la recherche a apporté une réponse à tout cela. En juin 2024, Calum Cunningham, de l’Université de Tasmanie, et ses collègues ont analysé près de 30 millions d’incendies, en conservant les 2 913 plus violents, et ont constaté que ces événements extrêmes avaient été multipliés par 2,2 entre 2003 et 2023. Cunningham a expliqué au Washington Post que ces travaux avaient été entrepris en réponse aux sceptiques qui s’interrogeaient sur la possibilité d’une crise des incendies croissante alors que la superficie brûlée diminuait. Ces augmentations sont réelles et concentrées dans les forêts tempérées de conifères et les forêts boréales. Cependant, cette augmentation concerne environ un incendie sur dix mille, sur la base d’un relevé commençant en 2003, et, selon la revue Nature elle-même, l’étude n’établit pas de lien direct entre cette tendance et le réchauffement climatique.

Le nouveau rapport « affirme » également, ce qui constitue essentiellement une assertion non étayée, que les mesures d’atténuation ont déjà réduit le risque d’incendies de forêt à la fin du siècle par rapport à un scénario d’émissions pessimiste.

On s’attend à ce que la poursuite des changements climatiques intensifie ces phénomènes hydroclimatiques extrêmes. Pourtant, les mesures d’atténuation ont déjà réduit le risque d’incendies de forêt projeté pour la fin du siècle : selon un scénario d’émissions élevé (SSP3-7.0), les événements BA extrêmes dans nos régions cibles devraient être de 4 à 23 % moins importants que ce qu’ils auraient été dans un scénario d’émissions pessimiste désormais considéré comme non crédible (SSP5-8.5).

https://essd.copernicus.org/preprints/essd-2026-587

Le scénario SSP5-8.5 n’a jamais été celui que nous suivions. Zeke Hausfather et Glen Peters ont souligné dans Nature en 2020 qu’il exige « une augmentation sans précédent de cinq fois la consommation de charbon d’ici la fin du siècle », et que la consommation mondiale de charbon a atteint son apogée en 2013.

Il n’y avait rien pour atténuer le problème.

La superficie brûlée dans le monde a été inférieure de 18 % à la moyenne la saison dernière et diminue depuis deux décennies. Pourquoi cette information est-elle présentée en une seule phrase ?

Si les modèles d’incendies n’ont pas pu reproduire le déclin observé en 2017, quelle importance ont aujourd’hui leurs projections de fin de siècle ?

Sources :

Citations de Chen et al. 2023, https://doi.org/10.5194/essd-15-5227-2023, et Burton et al. 2026 (prépublication), https://essd.copernicus.org/preprints/essd-2026-587/, utilisées sous licence CC BY 4.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/).

Données sur les surfaces brûlées : NASA MODIS MCD64CMQ Collection 6.1, surfaces brûlées mensuelles par tranche de 0,25°, de janvier 2001 à décembre 2023, fournies par le groupe de recherche sur les incendies de l’Université du Maryland (fuoco.geog.umd.edu). Les totaux annuels correspondent à la somme des valeurs mensuelles de la surface brûlée. La zone « Afrique » désigne la zone délimitée par les angles 36°S à 38°N et 18°O à 52°E.

Lien vers la feuille de calcul

Traduction : Eric Vieira

Cet article a été initialement publié sur wattsupwiththat.com le 17 octobre 2026.

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By |2026-10-19T11:25:00+02:00October 19, 2026|Comments Off on La superficie brûlée mondiale est inférieure de 18 % à la moyenne
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