L’affirmation qu’il y aurait eu 50 000 décès liés à la chaleur n’est pas fondée sur des faits

Une fois de plus, les médias ont relayé les décès liés à la chaleur. On a dénombré jusqu’à 50 000 morts dans les villes européennes cet été. Les médias ont présenté ces informations sans esprit critique. Or, une vérification des faits menée par Marcel Crok révèle que les chercheurs n’ont utilisé aucune donnée de mortalité dans cette étude et que leur raisonnement s’est basé sur de multiples suppositions.

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Heat-related deaths – downtown Valencia, Spain, during a summer heatwave in 2026.

Le centre-ville de Valence pendant une vague de chaleur cet été. (Source : Shutterstock)

Marcel Crok
Date : 28 octobre 2026

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Alors que l’automne s’est installé aux Pays-Bas, la semaine dernière, les médias néerlandais (et d’autres pays) se sont de nouveau emballés au sujet de la vague de chaleur qui a frappé l’Europe l’été dernier et du nombre de décès qui lui seraient imputés. Voici une sélection des titres :

« Pire jamais enregistrée » : une vague de chaleur estivale brutale a fait plus de 50 000 morts dans les villes européennes  (CNN)

La chaleur a tué un nombre « stupéfiant » de 50 000 personnes dans les villes européennes cet été, avertissent des scientifiques (The Guardian).

Un été caniculaire entraîne un nombre record de décès liés à la chaleur dans les villes européennes (NOS)

« L’été le plus chaud jamais enregistré entraîne un nombre record de décès liés à la chaleur en Europe, un lien direct avec le changement climatique d’origine humaine » (NRC)

Nature Health

Le constat est clair : on estime à 50 000 le nombre de décès supplémentaires liés à la chaleur cet été en raison des températures extrêmes. Ces gros titres font suite à une étude britannique publiée dans Nature Health, intitulée « Mortalité urbaine liée à la chaleur attribuable au changement climatique d’origine humaine en Europe de 2000 à 2025 ». Autrement dit, les décès liés à la chaleur sont causés par le changement climatique.

La société de radiodiffusion publique néerlandaise NOS a utilisé les données de l’étude pour produire le graphique ci-dessous :

Chart showing estimated heat-related deaths in European cities, distinguishing between deaths attributed to natural temperatures and those attributed to human-induced climate change.

La hauteur de la barre indique le nombre total de décès liés à la chaleur, et la couleur rouge représente la proportion qui, selon les chercheurs, est attribuable au changement climatique.

L’été est terminé, il semble donc logique de faire le point. Les décès ont été comptabilisés. Vraiment ? Voici comment le journal néerlandais NRC décrit l’étude :

« L’été 2026 a probablement été le plus meurtrier jamais enregistré en Europe en raison de ses températures élevées. C’est la conclusion à laquelle sont parvenus des scientifiques de l’Imperial College de Londres et de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, après avoir analysé les décès liés à la chaleur. Selon les chercheurs, le nombre de décès dus à la chaleur l’été dernier a été bien supérieur à celui des années record précédentes de 2022 et 2003.

Les scientifiques estiment que durant les mois chauds de juin, juillet et août, plus de 50 000 décès supplémentaires ont été imputés aux conditions météorologiques extrêmes. Pour parvenir à cette conclusion, ils se sont appuyés sur des données provenant de 854 villes européennes réparties dans trente pays différents, représentant au total 40 % de la population du continent. »

Relisez attentivement les passages que j’ai surlignés en gras : « Une analyse des décès », « ils se sont appuyés sur des données provenant de 854 villes européennes ». On pourrait croire que les certificats de décès ont été étudiés et les chiffres compilés. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. L’étude publiée se base sur des données de mortalité nulles à partir de 2026. Vous avez bien lu : zéro. Comme l’a ironiquement fait remarquer le chercheur américain Willis Eschenbach dans un article consacré à cette étude : il semblerait que se baser sur des faits réels soit si… ringard.

Si aucune donnée de mortalité de 2026 n’a été utilisée, comment les chercheurs arrivent-ils à leur estimation de 50 391 décès liés à la chaleur (oui, ce chiffre « exact » est mentionné dans l’étude) ? Ils utilisent les corrélations historiques entre température et mortalité et les appliquent à cet été.

Voici, étape par étape, ce que les chercheurs ont fait :

  1. Ils ont établi des corrélations statistiques entre la température et la mortalité à partir de données historiques (2000-2019) provenant de 232 villes européennes.
  2. Ces corrélations ont été extrapolées à 622 autres villes européennes pour lesquelles aucune donnée n’était disponible. Le nombre total de villes « étudiées » s’élève ainsi à 854.
  3. Les températures de ces villes en 2026 ont été analysées. À l’aide de modèles climatiques, une estimation a été réalisée de la proportion du réchauffement causée par le changement climatique (c’est-à-dire par le CO2).
  4. Ensuite, on soustrait la « contribution humaine » des températures de cet été pour créer un été hypothétique plus frais sans changement climatique.
  5. Vous appliquez maintenant les relations température-mortalité identifiées par le passé aux « deux » étés de 2026 et on soustrait les résultats l’un de l’autre. Vous obtenez ainsi le nombre total de décès liés à la chaleur en 2026, ainsi que la contribution du climat de fond naturel (en rose sur le graphique NOS) et la contribution supplémentaire du changement climatique d’origine humaine (en rouge sur le graphique NOS).

Et voilà ! Soudain, vous avez « prouvé » – et publié dans une des revue de Nature – que 2026 a été l’année de canicule la plus meurtrière. Sans même avoir besoin des chiffres de mortalité réels pour cet été-là. De toute façon, les journalistes ne liront pas l’étude (voir l’extrait du NRC) ou ne comprendront pas vos manœuvres. Le succès médiatique est garanti. Et les commentaires critiques, comme cet article et celui de Willis Eschenbach, ne parviendront pas au grand public. Mission accomplie.

Plus de personnes âgées

Bien sûr, cette étude repose sur un ensemble complexe d’hypothèses. Mais qui s’en plaindra ? Citons-en quelques-unes. L’étude utilise les corrélations entre température et mortalité observées entre 2000 et 2019 et suppose que ces corrélations restent constantes par la suite. Pourquoi en serait-il ainsi ? Si les étés sont de plus en plus chauds, il est logique que davantage de personnes installent la climatisation ou que les pays élaborent et mettent en œuvre des plans de gestion des vagues de chaleur, n’est-ce pas ? L’étude n’en tient pas compte. Une autre étude – elle aussi basée sur des estimations de modèles (la prudence est donc de mise) – suggère que les décès liés à la chaleur auraient été 80 % plus élevés sans mesures d’adaptation. Cela indique qu’il s’agit d’un facteur à prendre en considération, ce qui n’a pas été fait dans la présente étude.

Les chercheurs utilisent les données de seulement 232 villes et les appliquent, sans aucune vérification, à 622 autres villes. Or, toutes les villes ne sont pas identiques. L’une peut être beaucoup plus verte qu’une autre, ce qui rend la chaleur plus supportable.

Mais le facteur probablement le plus important est l’âge. Bien que les chercheurs utilisent différentes tranches d’âge, la répartition au sein de ces tranches est maintenue constante pour la période 2000-2019. Or, un changement significatif s’est produit durant cette période : l’Europe vieillit. Voici une comparaison entre 2000 et 2026 :

Graph comparing the proportion of Europeans aged 65 and over and 80 and over in 2000 and 2026, illustrating Europe's ageing population.

La proportion de personnes âgées de 65 ans et plus, ainsi que celle des personnes de 80 ans et plus, a fortement augmenté. Les personnes âgées (80 ans et plus) sont particulièrement vulnérables à la chaleur. L’économiste environnemental danois Björn Lomborg l’avait déjà souligné en début d’année, lorsque la revue The Lancet a publié des chiffres alarmants sur les décès liés à la chaleur en Europe. Lomborg a qualifié ces chiffres sur X de « tromperie climatique typique ». Selon lui, la quasi-totalité de l’augmentation des décès liés à la chaleur s’explique par le vieillissement de la population.

Chart shared by Bjorn Lomborg illustrating the relationship between population ageing and reported heat-related mortality in Europe.

Source: Lomborg

Après ajustement en fonction de l’âge, Lomborg ne constate qu’une augmentation minime des décès liés à la chaleur :

Chart shared by Bjorn Lomborg showing heat-related mortality trends after adjusting for changes in the age distribution of the population.

Source: Lomborg

Le froid est bien plus dangereux

L’autre point, tout aussi important, que Lomborg souligne régulièrement, est que l’obsession pour la chaleur est mal placée car, à l’échelle mondiale et en Europe également, le froid fait encore bien plus de victimes que la chaleur. Si le réchauffement climatique en Europe entraînera effectivement une légère augmentation des décès liés à la chaleur, la réduction du nombre de décès liés au froid est bien plus importante. C’est donc globalement une bonne nouvelle, qui est systématiquement passée sous silence lorsque l’attention se porte uniquement sur la chaleur.

Étonnamment, l’Institut national néerlandais de la santé publique et de l’environnement (RIVM) a publié la semaine dernière une étude confirmant cette proportion pour les Pays-Bas également. Selon le RIVM, on dénombre environ 350 décès supplémentaires dus à la chaleur chaque année, contre pas moins de 12 000 décès dus au froid ! Soit trente-cinq fois plus !

Naturellement – ​​pourrait-on presque dire –, le NRC s’est concentré sur la chaleur dans un article consacré à ce sujet (« Les habitants de certains quartiers sont plus résistants à la chaleur que ceux d’autres quartiers »). Mais la chroniqueuse Marianne Zwagerman n’a pas tardé à souligner, dans De Telegraaf, le nombre important de décès liés au froid recensés par le RIVM. Elle conclut : « Nous luttons contre la chaleur, mais laissons des milliers de Néerlandais mourir de froid. »

Hein Daanen, de l’université VU d’Amsterdam, est l’un des chercheurs ayant participé à l’étude du RIVM. Par coïncidence, je l’ai entendu cet été à la radio expliquer pourquoi les personnes âgées meurent plus rapidement de la chaleur que les jeunes. Dans cet extrait, Daanen soulignait également le danger bien plus important que représente le froid et faisait remarquer qu’il est étrange que les Pays-Bas disposent d’un plan national contre la chaleur mais pas d’un plan national contre le froid.

Traduction : Eric Vieira

Cet article a été initialement publié en néerlandais sur Indepen.eu le 27 octobre 2026.

Marcel Crok

Marcel Crok est un journaliste scientifique néerlandais qui se consacre à plein temps à l’écriture sur le débat climatique et les politiques climatiques depuis un article primé en 2005 sur le fameux graphique en forme de crosse de hockey. Il a publié deux ouvrages en néerlandais : « De Staat van het Klimaat » (L’État du climat) et « Ecomodernisme », dont il est co-auteur. Avec le chercheur indépendant britannique Nic Lewis, il a rédigé un rapport exhaustif sur la sensibilité climatique, intitulé « A Sensitive Matter » (Une question sensible). Le gouvernement néerlandais lui a demandé de devenir expert examinateur du 5e rapport d’évaluation du GIEC (AR5). En collaboration avec les instituts néerlandais de recherche climatique KNMI et PBL, Crok a créé la plateforme de discussion internationale « Climate Dialogue ».
En 2019, Crok et le professeur émérite Guus Berkhout ont fondé la Fondation Clintel. Ils ont publié la Déclaration mondiale sur le climat, qui a été signée depuis par plus de 2 000 scientifiques et experts. Avec Andy May et une équipe de scientifiques du réseau Clintel, Crok a contribué à l’ouvrage « The Frozen Climate Views of the IPCC » (Les points de vue figés sur le climat du GIEC) et en a assuré la direction éditoriale.

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By |2026-10-28T12:00:04+01:00October 28, 2026|Comments Off on L’affirmation qu’il y aurait eu 50 000 décès liés à la chaleur n’est pas fondée sur des faits
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