Aucune preuve que les phénomènes météorologiques extrêmes sont en train de devenir plus fréquents ou plus intenses : (2) Sécheresses

Dans une série d’articles consacrés à l’attribution des phénomènes météorologiques extrêmes, le physicien Ralph B. Alexander examine si les observations confirment l’hypothèse d’une augmentation de la fréquence et de l’intensité de ces phénomènes. Après son précédent article sur les vagues de chaleur, celui-ci porte sur la sécheresse.

Climate Intelligence (Clintel) is an independent foundation informing people about climate change and climate policies.
No Evidence Weather Extremes Are Becoming More Frequent or Intense: Droughts

Source: Shutterstock

Ralph Alexander
Date : 7 août 2026

SHARE:

Les sécheresses constituent une caractéristique constante du climat terrestre depuis des millénaires. Les tendances à court et à long terme ne montrent aucun signe d’augmentation de leur fréquence ou de leur intensité.

En réalité, les sécheresses récentes ont légèrement diminué à l’échelle mondiale, car le réchauffement des océans libère davantage d’humidité dans l’atmosphère. Ce phénomène est illustré dans le graphique ci-dessous, où les conditions de sécheresse de 1982 à 2012 sont indiquées par les lettres suivantes : D0 (anormalement sec), D1 (modéré), D2 (sévère), D3 (extrême) et D4 (exceptionnel).

Le graphique suivant présente des données d’observation montrant le pourcentage des États-Unis contigus touchés par la sécheresse de 1895 à 2015. Il n’y a clairement aucune tendance sur cette période, hormis une sécheresse prononcée lors des vagues de chaleur record des années 1930.

Amérique du Nord

Une étude américaine de 2007 a permis de reconstituer le régime de sécheresse dans l’ouest de l’Amérique du Nord au cours des 1200 dernières années, en utilisant les cernes des arbres comme indicateur. La largeur et la couleur des cernes constituent un enregistrement du climat passé, notamment des sécheresses. La reconstitution, illustrée dans la figure ci-dessous, révèle que plusieurs « méga-sécheresses » d’une durée et d’une gravité sans précédent ont frappé l’Amérique du Nord depuis l’an 800, des sécheresses qui, selon les auteurs de l’étude, n’ont jamais été observées à l’époque moderne.

La comparaison du graphique précédent avec les données annuelles de ce graphique (indiquées en gris ; le trait noir épais représente une moyenne sur 60 ans) montre que la tendance à long terme de la sécheresse en Amérique du Nord est uniforme, malgré le réchauffement climatique survenu pendant l’Optimum climatique médiéval et encore aujourd’hui. Une étude de 2021, comparant la durée et la gravité des sécheresses hydrologiques aux États-Unis entre 1475 et 1899 à celles observées entre 1900 et 2014, aboutit à une conclusion similaire. Une sécheresse hydrologique se caractérise par une diminution du débit des cours d’eau, du niveau des réservoirs et des nappes phréatiques, induites par la sécheresse.

Médiéval

Le fait que certaines sécheresses historiques aient été encore plus longues et plus graves que celles d’aujourd’hui est visible sur une autre reconstitution des cernes de croissance des arbres, celle de la sécheresse en Californie, où je vis. La figure suivante illustre l’alternance des périodes sèches et humides dans cet État sujet à la sécheresse au cours des 1 200 dernières années. Bien que la troisième période la plus sèche au XIIe siècle et la cinquième au XIIIe siècle se soient produites durant l’Optimum climatique médiéval, les périodes de sécheresse les plus sèches (XVIe siècle) et la quatrième plus sèche (IXe siècle) ont eu lieu durant des époques relativement fraîches.

À l’instar de l’Amérique du Nord, l’Europe a également connu des méga-sécheresses au cours du dernier millénaire, bien qu’à des périodes différentes. La figure ci-dessous illustre une reconstitution européenne de 2021, basée sur les cernes des arbres, du régime de sécheresse en Europe centrale de 1000 à 2012, avec superposition de données d’observation de 1901 à 2018. Le noir représente l’indice PDSI (Palmer Drought Severity Index), qui mesure à la fois la sécheresse (valeurs négatives) et l’humidité (valeurs positives) ; le rouge indique l’indice PDSI auto-calibré (scPDSI) ; et la ligne bleue correspond à la moyenne sur 31 ans.

Les auteurs de l’étude soulignent que les sécheresses survenues entre 1400 et 1480 et entre 1770 et 1840 furent bien plus longues et intenses que celles du XXIe siècle. Leurs conclusions sont confortées par les résultats d’une autre étude récente, qui n’a mis en évidence aucune tendance statistiquement significative des sécheresses météorologiques en Europe occidentale au cours des 170 dernières années. Une sécheresse météorologique se définit comme une sécheresse résultant uniquement d’un déficit de précipitations.

Ce qui ressort de toutes ces études, c’est l’absence de tendance à long terme en matière de sécheresse à l’échelle mondiale sur au moins un millénaire. Rien n’indique jusqu’à présent que le réchauffement amorcé à la fin du XIXe siècle, après la fin du Petit Âge glaciaire, ait joué un rôle quelconque.

Antarctique

En effet, les carottes de glace de l’Antarctique démontrent qu’une quantité bien plus importante de poussière – signe d’un climat sec – s’est déposée durant les périodes glaciaires que durant les périodes interglaciaires plus chaudes. Même le Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophes (UNDRR), dans son Rapport spécial sur la sécheresse 2021 qui établit un lien entre sécheresse et réchauffement climatique, reconnaît que l’une des principales causes des sécheresses épisodiques à l’échelle mondiale est le phénomène naturel de l’oscillation australe El Niño-(ENSO).

Il existe toutefois des variations régionales. Une étude de 2021 a révélé qu’entre 1901 et 2017, le risque de sécheresse météorologique a augmenté dans le sud-ouest et le sud-est des États-Unis, tandis qu’il a diminué dans les États du nord. De fait, le rapport de l’UNDRR a constaté que ces disparités régionales en matière de sécheresse ne se limitent pas aux États-Unis, mais s’observent à l’échelle mondiale.

Bien que généralement causées par une chute brutale des précipitations, les sécheresses peuvent être aggravées par d’autres facteurs tels que l’élévation des températures, l’érosion des sols et la surexploitation des nappes phréatiques. Les conséquences de la sécheresse, qui peuvent être catastrophiques pour les populations humaines et animales, comprennent les mauvaises récoltes, la famine et les migrations massives. On pense qu’un important exode des premiers humains hors d’Afrique, il y a environ 135 000 ans, a été provoqué par la sécheresse.

Cet article a été initialement publié sur Science Under Attack, le 3 août 2026.

Ralph B. Alexander

Ralph B. Alexander, vulgarisateur scientifique qui privilégie la science au détriment du politiquement correct, est l’auteur de plusieurs rapports récents sur les phénomènes météorologiques extrêmes et le réchauffement climatique. Il a également écrit « La science attaquée : l’ère de la déraison » et « Fausse alerte au réchauffement climatique ». Docteur en physique de l’Université d’Oxford, il a publié de nombreux articles et rapports scientifiques sur des questions techniques complexes. M. Alexander a été chercheur dans des laboratoires en Europe et en Australie, professeur à l’Université Wayne State de Détroit, cofondateur d’une entreprise innovante spécialisée dans les matériaux et analyste de marché dans le domaine des matériaux écologiques pour un petit cabinet de conseil. Il a grandi à Perth, en Australie-Occidentale, et vit actuellement en Californie.

Traduction : Eric Vieira

‘LL’article que vous venez de lire a été rendu possible, grâce à nos donateurs.

Clintel publie quotidiennement des articles sur le climat, l’énergie et les sciences. Nous traduisons et diffusons également des analyses internationales en plusieurs langues, produisons des vidéos, publions des rapports et organisons des conférences et des événements dans le monde entier.

Nous ne recevons aucun financement public et dépendons entièrement du soutien de nos donateurs. Votre soutien nous permet de promouvoir la recherche indépendante et de contribuer à un débat plus ouvert et équilibré sur les questions climatiques et énergétiques.

Souhaitez-vous soutenir notre travail ? Choisissez l’option qui vous convient le mieux :

  • Devenez Ami de Clintel – soutenez-nous par une contribution annuelle
  • Faites un don régulier   – apportez-nous un soutien continu et aidez-nous à planifier l’avenir
  • Faites un don ponctuel – chaque contribution compte

Merci pour votre soutien.

SHARE THIS ARTICLE:

Subscribe to our newsletter

Climate Intelligence Clintel

more news

Ridiculous Claim That Climate Change Is Destroying Children’s Summer Fun

Ridiculous Claim That Climate Change Is Destroying Children’s Summer Fun National Public Radio’s (NPR) claims that climate change is making outdoor play increasingly dangerous through heat, wildfire smoke, floods, and storms. This is ridiculous, says Anthony Watts. Source: Shutterstock Anthony Watts Date: [...]

By |2026-08-06T12:08:46+02:00August 7, 2026|Comments Off on Aucune preuve que les phénomènes météorologiques extrêmes sont en train de devenir plus fréquents ou plus intenses : (2) Sécheresses
Go to Top