Non, New York Times, le changement climatique ne rend pas les joueurs de tennis malades
Dans cet article, Linnea Lueken, chercheuse et auteure spécialisée dans le climat, examine les affirmations du New York Times selon lesquelles le changement climatique serait à l’origine des problèmes de santé des joueurs de tennis pendant Roland-Garros. Elle soutient que la santé des joueurs, les infrastructures du tournoi et la sensibilité individuelle à la chaleur constituent des explications plus plausibles que le changement climatique, et qu’une vague de chaleur isolée ne prouve en rien une tendance climatique à long terme.

Le joueur de tennis professionnel italien Jannik Sinner en action lors de son match de deuxième tour contre l’Allemand Daniel Altmaier à Roland-Garros 2023 à Paris, France (Source : Shutterstock)
Linnea Lueken
Date: 10 juin, 2026
Un article récent du New York Times (NYT) suggère que le changement climatique met de plus en plus en danger les joueurs de tennis à Roland-Garros, en particulier ceux qui sont moins habitués à la chaleur, les rendant malades et incapables de jouer. C’est faux. S’il est vrai que Roland-Garros a connu cette année des températures anormalement élevées, de nombreux facteurs contribuent aux difficultés rencontrées par les joueurs, et rien ne prouve une tendance à la hausse des températures ni une augmentation des cas de coup de chaleur ou d’insolation.
Dans un article intitulé « Jannik Sinner a peut-être un problème de chaleur, mais le tennis en a un plus grave », le NYT affirme que malgré la décision des officiels de Roland-Garros selon laquelle les températures n’étaient pas suffisamment élevées pour interrompre le jeu :
« Et quoi qu’en disent les appareils de mesure, les conditions des cinq premiers jours du tournoi ont été extrêmement chaudes et difficiles. Elles ont également mis en évidence un manque de préparation face à ces températures anormalement élevées, tant de la part des joueurs que de l’organisation, alors même que les températures mondiales augmentent et que le tennis est devenu plus physique que jamais. »
Le joueur mis en avant dans cet article est Jannik Sinner, qui a dû abandonner pour cause de maladie, possiblement liée à la chaleur. Le New York Times indique que Sinner a « un point faible majeur » : « plus il fait chaud, plus il est vulnérable ».
Un élément que cet article omet de mentionner est le fait qu’une fois qu’une personne a été touchée par une maladie liée à la chaleur comme un coup de chaleur, elle devient beaucoup plus vulnérable à la syncope de chaleur et à une sensibilité générale aux températures élevées, voire à des coups de chaleur récurrents, pendant des années.
J’ai souffert d’un coup de chaleur assez important (notamment nausées, frissons par plus de 32 degrés Celsius, confusion) après avoir joué à des exercices de tennis lors d’une chaude journée d’été à Chicago et je peux témoigner que, même si cela n’a pas dégénéré en AVC, depuis lors, je dois faire beaucoup plus attention à boire plus d’eau et à prendre des pauses raisonnables pendant l’effort physique par des températures élevées.
On ignore si Sinner a déjà souffert de coup de chaleur ou de stress, mais ce ne serait pas surprenant, car il s’agit d’un problème de santé assez fréquent chez les joueurs de tennis de haut niveau, qui se donnent à fond dans les matchs même lorsqu’ils commencent à se sentir mal. Ce qui est certain, c’est qu’une fois qu’une personne a subi un coup de chaleur ou un épuisement dû à la chaleur, elle est plus sujette à ce genre de problèmes de santé à l’avenir. Lors de Roland-Garros cette année, Sinner a admis avoir joué malgré sa sensibilité à la chaleur et de s’être « réveillé en ne se sentant pas très bien » ce jour-là.
Les températures mondiales pourraient augmenter légèrement en moyenne, comme l’affirme le New York Times, mais on ne peut pas imputer immédiatement la récente vague de chaleur qui a touché la France et d’autres régions d’Europe occidentale, pendant Roland-Garros, au changement climatique. À Paris, il s’agit d’ailleurs d’un record de température. Cependant, une vague de chaleur isolée ne constitue pas une tendance climatique, mais simplement un phénomène météorologique. De plus, cette vague de chaleur n’affecte pas toute l’Europe. Alors que certaines parties de l’Europe occidentale subissent un dôme de chaleur prolongé, un système météorologique de haute pression stagnante venu d’Afrique du Nord et emprisonnant l’air chaud, une grande partie de l’Europe de l’Est et du Sud-Est a connu des températures anormalement basses. La plupart des médias ignorent cette vague de froid inhabituelle en Europe de l’Est, tout en essayant d’établir un lien entre la chaleur inhabituelle en Europe de l’Ouest et le changement climatique mondial.
Plusieurs articles de Climate Realism consacrés aux différentes vagues de chaleur qui ont frappé l’Europe ces dernières années (voir ici, ici et ici, par exemple) expliquent qu’il est essentiel de définir précisément ce qu’est une vague de chaleur afin de pouvoir les suivre dans le temps. Seule une tendance durable en termes de fréquence et d’intensité peut établir un lien de causalité avec le changement climatique global. De manière générale, le léger réchauffement observé au cours du siècle dernier n’est pas dû à des pics de chaleur ou à des journées prolongées de températures supérieures à la normale, mais plutôt à une diminution de la fréquence des épisodes de froid extrême, ce qui fait grimper les moyennes. Ce phénomène est particulièrement marqué dans les zones urbaines et périurbaines, où l’effet d’îlot de chaleur urbain influence fortement les températures locales.
Ironiquement, l’article du NYT décrit involontairement l’un des éléments de l’îlot de chaleur urbain, à savoir la chaleur rayonnée par les surfaces dures, lorsqu’il décrit la surface du court en terre battue rouge : « rayonnant de la chaleur vers le haut et contribuant à cuire les joueurs de toutes parts ».
Des tournois de tennis sont organisés partout dans le monde, y compris dans des endroits très chauds, comme l’Open d’Australie à Melbourne, l’US Open à New York où les températures dépassent régulièrement les 32 °C, ou encore Atlanta et Miami. Le BNP Paribas Open se déroule en plein désert californien, à Palm Springs, où les températures peuvent facilement atteindre les 32 °C, voire plus, même en mars.
Une différence majeure distingue Roland-Garros des autres tournois de tennis : sa situation géographique ne lui permet pas d’agrandir ses installations ni de construire un stade couvert pour réguler la température. L’article du New York Times le reconnaît d’ailleurs, admettant que dans d’autres tournois comme l’US Open et l’Open d’Australie, « des tuyaux d’air froid sont installés près des bancs des joueurs pour leur permettre de se rafraîchir pendant les changements de côté » et que « des joueurs se sont plaints du manque de glace et du fait que l’eau des réfrigérateurs en bord de court n’était pas aussi froide qu’à l’accoutumée ».
Ces éléments font toute la différence lorsqu’on pratique des sports rapides comme le tennis pendant plus de 3 heures au soleil, et que d’autres lieux sont en mesure d’accueillir les joueurs.
On dirait bien moins que le changement climatique nuit aux joueurs de tennis et plutôt que Roland-Garros est quelque peu dépassé, et que les organisateurs du tournoi auraient dû mieux se préparer aux vagues de chaleur, par exemple, afin d’assurer la sécurité des joueurs. La volonté du New York Times de transformer un article sur des joueurs perdant des matchs à cause de maladie ou de l’intensité du jeu dans des conditions difficiles en un article sur le changement climatique montre bien que les réalistes ont actuellement l’avantage. Les alarmistes semblent craindre que toute occasion manquée d’évoquer le changement climatique résultera en jeu, set et match pour les réalistes.
Cet article a été publié le 8 juin 2026 sur climaterealism.com.

Linnea Lueken
Linnea Lueken est chercheuse associée au Centre Arthur B. Robinson pour le climat et les politiques environnementales. En 2018, alors qu’elle effectuait un stage au Heartland Institute, elle a co-écrit une note d’information de cet institut intitulée « La démystification de quatre idées préconçues et persistantes sur la fracturation hydraulique ».
Traduction : Eric Vieira
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