Dans un monde qui se réchauffe, les décès dus au froid sont 12 fois plus nombreux que ceux dus à la chaleur
Une nouvelle étude montre qu’aux États-Unis, le froid contribue beaucoup plus à la mortalité que la chaleur, et que la vulnérabilité sociale joue un rôle majeur dans la détermination des conséquences.
Une nouvelle étude publiée dans Current Problems in Cardiology examine en détail l’impact des températures – chaudes et froides – sur la mortalité aux États-Unis. Cette étude, qui couvre la période 2000-2020, analyse les données de plus de 1 500 comtés et de plus de 33 millions de décès. Son objectif est d’estimer le nombre de décès liés à des températures « non optimales » et d’évaluer l’influence de la vulnérabilité sociale sur ces décès.
À première vue, la structure de l’article s’inscrit dans un discours bien connu : le changement climatique est souvent associé à la multiplication des vagues de chaleur et aux inquiétudes concernant l’augmentation des décès liés à la chaleur. Cependant, les résultats obtenus dressent un tableau plus nuancé, voire contradictoire à certains égards.
Le résultat le plus frappant est que le froid demeure de loin la principale cause de mortalité liée à la température aux États-Unis. Les auteurs estiment qu’en moyenne, environ 72 361 décès par an sont attribuables au froid, contre seulement 6 129 décès par an environ dus à la chaleur.
Autrement dit, la mortalité liée au froid est environ douze fois supérieure à la mortalité liée à la chaleur.
Augmentation des décès liés au froid
Ce constat à lui seul remet en question l’idée reçue selon laquelle le réchauffement climatique entraînera nécessairement une hausse des décès. Au contraire, les données suggèrent que le froid demeure le risque sanitaire bien plus important.
Plus surprenant encore est le constat de l’étude : les décès liés au froid sont en train d’augmenter. Selon les auteurs, la mortalité due au froid a progressé d’environ 9 % par an depuis 2000 aux États-Unis. Cette tendance contredit l’idée que le réchauffement climatique réduirait les risques liés au froid.
Comment les auteurs concilient-ils ces résultats avec les préoccupations liées au changement climatique ?
Un concept clé introduit dans l’article est celui de « température minimale de mortalité » (TMM), qui correspond à la température à laquelle les taux de mortalité sont les plus faibles. Dans cette étude, la TMM moyenne nationale est d’environ 22,7 °C (environ 73 °F), ce qui signifie que la mortalité augmente lorsque les températures sont supérieures ou inférieures à ce seuil.
Il est important de noter que, dans la plupart des régions, la température quotidienne est inférieure à cette température optimale. Cela signifie qu’une plus grande partie du temps – et donc une plus grande part des décès – est associée à des températures plus fraîches plutôt qu’à des chaleurs extrêmes. Ceci explique en partie pourquoi la mortalité liée au froid domine les statistiques.
Vulnérabilité sociale
Un autre axe majeur de l’étude porte sur la « vulnérabilité sociale ». Les auteurs utilisent un indice qui prend en compte des facteurs tels que le revenu, le logement, l’accès aux soins de santé et les caractéristiques démographiques. Ils constatent que les populations les plus vulnérables connaissent des taux de mortalité plus élevés, tant dus à la chaleur qu’au froid.
Toutefois, cette augmentation est particulièrement marquée en cas d’exposition au froid. Les comtés présentant une plus grande vulnérabilité sociale affichent non seulement des taux de mortalité généralement plus élevés, mais aussi une augmentation plus rapide du risque lorsque les températures baissent. Cela suggère que les conditions socio-économiques – telles que des logements insalubres, un chauffage insuffisant ou un accès limité aux soins médicaux – jouent un rôle déterminant dans le dénouement des évènements.
Cela soulève une question importante : les décès liés à la température sont-ils avant tout un problème climatique, ou un problème de pauvreté et d’infrastructures ?
Les données de cette étude tendent fortement à confirmer cette dernière hypothèse. Si les températures extrêmes ont leur importance, la capacité à y faire face semble l’être encore davantage. Les populations disposant de meilleures ressources, de logements plus décents et d’un meilleur accès aux soins de santé sont moins vulnérables, même exposées aux mêmes températures.
L’article souligne également que les comtés socialement vulnérables ont tendance à avoir des températures optimales légèrement plus élevées (MMT), ce qui signifie qu’ils sont mieux adaptés aux températures plus élevées. Pourtant, malgré cela, ils subissent toujours une mortalité plus importante due à la chaleur comme au froid. Ceci souligne une fois de plus que l’adaptation et la résilience sont des facteurs clés.
Implications politiques
Du point de vue des politiques publiques, les auteurs plaident en faveur de « stratégies de santé publique adaptées aux vulnérabilités ». En clair, cela signifie cibler l’aide — comme le chauffage, la climatisation et l’accès aux soins de santé — sur les populations les plus à risque.
Cette conclusion est raisonnable et bien étayée par les données. Cependant, elle déplace également l’attention du changement climatique lui-même vers les conditions socio-économiques locales. Si les décès dus au froid sont douze fois plus fréquents que ceux dus à la chaleur, et s’ils augmentent malgré les tendances au réchauffement, alors une simple réduction des températures mondiales ne permettrait pas de s’attaquer au principal facteur de mortalité.
Il convient également de souligner certaines limites. L’étude adopte une approche écologique à l’échelle du comté, ce qui ne permet pas de suivre les expositions ou les comportements individuels. Elle s’appuie également sur une modélisation statistique pour attribuer les décès à la température, plutôt que sur les données directes des causes de décès. Comme pour toutes les études de ce type, les résultats dépendent des hypothèses formulées quant à l’influence de la température sur la mortalité.
Cohérent
De plus, l’étude se concentre sur les adultes âgés de 25 à 84 ans, excluant les populations plus âgées qui pourraient être particulièrement vulnérables aux extrêmes de température. Cela pourrait influencer les estimations dans leur ensemble. Malgré ces réserves, les principaux résultats sont solides et concordent avec des recherches antérieures, comme l’étude publiée dans The Lancet en 2015.
En résumé : le froid contribue beaucoup plus à la mortalité que la chaleur, et la vulnérabilité sociale joue un rôle majeur dans le dénouement.
Dans le débat plus large sur le climat, ces résultats sont significatifs. Une grande partie du débat public met l’accent sur les dangers des vagues de chaleur et de la hausse des températures. Bien que ces risques soient réels, cette étude suggère qu’ils ne représentent qu’une partie du problème, et pas la partie prédominante.
Si les décideurs politiques ont pour principale préoccupation de sauver des vies, alors s’attaquer aux risques liés au froid et améliorer la résilience des communautés vulnérables pourrait apporter des avantages bien plus importants que de se concentrer exclusivement sur la chaleur.
En résumé, cet article constitue un rappel utile que le climat et la santé sont des problématiques complexes. La relation entre température et mortalité ne se résume pas à une simple équation « réchauffement = augmentation des décès ». Elle est plutôt le fruit d’une combinaison de facteurs environnementaux, d’infrastructures et de facteurs sociaux.
Et pour l’instant, du moins aux États-Unis, les données montrent que le froid – et non la chaleur – reste la plus grande menace.
Cet article a été initialement publié sur wattsupwiththat.com le 31 mars 2026.

Anthony Watts
Anthony Watts est chercheur principal en environnement et climat au « Heartland Institue ». M. Watts travaille dans le domaine de la météorologie depuis 1978, tant devant que derrière la caméra, en tant que présentateur météo à la télévision, et il présente actuellement des bulletins météo quotidiens à la radio. Il a créé des systèmes de présentation graphique des données météorologiques pour la télévision, des instruments météorologiques spécialisés, et a co-rédigé des articles évalués par des pairs sur les questions climatiques. Il gère le site web sur le climat le plus consulté au monde, le site primé wattsupwiththat.com.
Traduction : Eric Vieira
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